Aux États-Unis, les opposants à la lutte contre les discriminations « raciales » ont le vent en poupe (« Chronik »)

Article publié sur Chronik.fr, le 5/09/17

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La décision d’abolir le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals), en faveur des immigrés sans papiers arrivés mineurs aux États-Unis avec leurs parents (« Dreamers »), est le dernier épisode du combat de la Maison blanche contre le multiculturalisme.

 

Les politiques d’« affirmative action » dans les universités américaines sont elles aussi menacées par la nouvelle administration.

L’élection de Donald Trump a suscité une vague d’espoir chez les défenseurs des Blancs dits « caucasiens » qui se considèrent dépossédés de leurs droits par les minorités ethniques ou « raciales » dans l’accès à l’emploi, l’éducation, au logement et un grand nombre d’autres ressources publiques et privées. Cette frustration, décrite par les chercheurs Michael Kimmel dans Angry White Men et Arlie Russell Hochschild dans Strangers in their own Land, pour ne citer qu’eux, se manifeste par la certitude – le pays devenant de plus en plus multiculturel et les politiques de lutte contre les inégalités se multipliant – d’avoir perdu non pas un privilège, mais un dû. Les femmes sont également considérées comme ayant « volé » aux hommes blancs des emplois et des places à l’université.

Même s’ils ne résument pas son électorat, Trump a redonné aux « angry white men » fierté et confiance dans l’avenir, un peu comme si le nouveau Président pouvait conjurer une évolution démographique inéluctable, puisque d’ici 30 ans la population des États-Unis sera majoritairement (d’origine) asiatique et hispanique. C’est sur le registre émotionnel de la rancœur, du ressentiment et de la revanche que Trump a construit son storytelling identitaire de campagne et c’est très largement à ces supporters qu’il s’adresse encore aujourd’hui dans ses tweets et ses meetings. Leur soutien lui est précieux.

Make America White Again

Comment traduire politiquement le ressentiment de ces « hommes blancs en colère » ? En refusant de condamner clairement la violence d’extrême droite, comme lors de l’attentat de Charlottesville. Mais aussi en s’attaquant, au moins symboliquement, aux droits de leurs « concurrent(e)s », de leurs « ennemi(e)s », celles et ceux qui menacent leurs droits et du même coup l’identité de l’Amérique blanche patriarcale. C’est un véritable combat contre le « politiquement correct » et contre l’anti-racisme qu’a engagé Trump. Si ce n’est par la loi, les décrets présidentiels sur l’immigration, les nominations de juges ultra-conservateurs, voire la grâce présidentielle – dans le cas du shérif Joe Arpaio – en sont des leviers efficaces. Trump se sert de toutes les possibilités que la Constitution lui accorde.

Et si, comme dans le cas des travel bans, la mesure échoue, pour l’heure, à être appliquée, Trump a beau jeu de dire que le « marigot » de Washington, l’establishmentlui mettent des bâtons dans les roues. Récemment, il a annoncé une prochaine limitation de l’immigration légale – une mesure impossible à mettre en pratique selon les spécialistes, les autorités et les grandes entreprises. Il a aussi apporté son soutien aux violences policières. S’y ajoutent des fake news de la Maison blanche sur de prétendues fraudes électorales en défaveur de Trump en novembre dernier dans des comtés à forte proportion d’électeurs africains-américains ou hispaniques – fraudes jamais avérées à ce jour, et pour cause.

Selon les opposants à cet arrêt, il y a une part d’appréciation subjective de l’importance du critère « racial ».

Le nationalisme du Président, attisé – mais non initié – par ceux qui étaient il y a quelques temps encore ses conseillers, Steve Bannon et Sebastian Gorka, ou qui le sont encore comme Steve Miller, a toutes les raisons de donner lieu à d’autres mesures. On se rappelle que Trump avait été en 2011 – avec Arpaio – l’un des principaux artisans du complot sur le certificat de naissance du précédent locataire de la Maison blanche.

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© Photo : Flickr

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