Nommer les discriminations dans le sport, pour mieux les combattre (« Chronik »)

Article publié sur Chronik.fr, le 27/11/17

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Le sport est souvent vu comme une « sphère à part ». Il est tantôt glorifié, tantôt dénigré, mais peu appréhendé dans ses failles et sa complexité. Face à la crise démocratique, donner à voir et dénoncer les inégalités et les discriminations sont incontournables pour recréer un récit commun, une ambition collective pour et par le sport, qui n’exclue personne.

Le sport, amateur et professionnel, n’est pas un domaine « protégé ». Sauf à faire le choix de la facilité, du déni ou de la dénégation, sauf à céder à la vox populi, à ne pas le prendre au sérieux, et donc à laisser libre champ aux partisans d’un maintien des inégalités et des archaïsmes, il faut avoir le courage de dire qu’on ne peut plus, aujourd’hui, défendre une neutralité du sport par rapport aux défis sociétaux et aux agendas politiques. Le sport est porteur de potentialités immenses pour la collectivité. Encore faut-il qu’il le soit pour toutes et pour tous, quels que soient le milieu social, le sexe, l’origine, le territoire de vie et la condition physique.

Il importe en premier lieu de continuer à dénoncer des inégalités et des discriminations, volontaires ou involontaires, conscientes ou inconscientes, institutionnelles, collectives ou individuelles, de quelque sorte que ce soit, que l’on y rencontre. Cela suppose de commencer par les nommer, par décrypter les discours de domination qui stigmatisent et figent les individus dans des rôles prétendument immuables – que l’on parle des (futur.e.s) championnes ou champions, de sportives et sportifs amateur.e.s ou des dirigeantes et dirigeants.

Ainsi, le sport est traversé par les mêmes problématiques que les autres sphères sociales. Un faux universalisme des discours s’est longtemps traduit par une infériorisation des minorités et des femmes, qui sont encore aujourd’hui victimes d’inégalités persistantes, dans les représentations mentales relatives à la pratique sportive, la médiatisation (qualitativement ou quantitativement) et l’accès aux responsabilités. Coubertin entendait, par le sport, discipliner les « indigènes » et estimait que le rôle de la femme était de couronner les vainqueurs. Ce racisme et ce sexisme, simples opinions à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, y compris dans les régimes démocratiques, prennent d’autres formes aujourd’hui, mais n’ont pas disparu.

En août 2016, le refus de Colin Kaepernick, quarterback de l’équipe de football de San Francisco, de se lever pour chanter l’hymne américain, afin de dénoncer les violences de la police étasunienne contre les Africains-Américains, prolonge le poing levé de Smith et Carlos en 1968. Et lorsque Donald Trump, le président des Etats-Unis, qualifie, publiquement, Colin Kaepernick de « fils de pute » (« son of a bitch »), alors qu’il ne condamne pas, par ailleurs, la violence raciste des suprémacistes blancs de Charlottesville, nous sommes dans le monde réel de 2017.

« La race n’existe pas, mais le racisme existe. » Cette phrase célèbre de la sociologue Colette Guillaumin nous rappelle la réalité des assignations identitaires. Décrypter des discours condescendants fondés sur des préjugés racistes (ou sexistes) est donc un premier pas vers l’égalité. Il faut avoir ce courage pour contrer l’immobilisme et les habitudes. On ne peut plus se cacher derrière les « valeurs du sport » ; ce dernier doit être exemplaire.

LA LONGUE HISTOIRE DES PRÉJUGÉS NÉGATIFS SUR LES MINORITÉS

Pour Ben Carrington, professeur à l’université de Southern California et auteur du livre Race, Sport et politique, paru en 2010, explique qu’« au début du 20e siècle, les Blancs étaient considérés comme supérieurs aux Noirs intellectuellement, esthétiquement et même physiquement. Dans les années 1930, cette logique a commencé à bouger car les Noirs ont été vus comme potentiellement supérieurs sur le plan physique dans le domaine du sport. »

En effet, comme le rappelle l’historien Pascal Blanchard dans Le Monde, depuis les Jeux Olympiques de Berlin de 1936, « Voyant que 25 % des médailles gagnées par les États-Unis l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et ‘L’Auto’ (ancêtre de ‘L’Équipe’) se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. » L’Afrique noire et le Maghreb seront les premières zones de détection, puis viendront les Antilles. Et pour Pascal Blanchard, la présence de joueurs noirs dans le foot français résulte donc d’une « tradition ».

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