Faut-il renégocier l’accord sur le nucléaire iranien ?

Interview pour "La Croix", le 25/04/18

Accord sur le nucléaire iranien : « Emmanuel Macron veut garder Donald Trump dans le jeu ».

Propos recueillis par Pierre Cochez 

« Donald Trump et Emmanuel Macron ont dit vouloir « travailler » ensemble sur un nouvel accord sur le nucléaire avec l’Iran, après avoir constaté leurs divergences sur le texte actuel conclu en 2015 entre l’Iran et le groupe 5 + 1 (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Ils ont reçu hier une fin de non-recevoir de Téhéran et Moscou et l’affirmation par Bruxelles que l’accord actuel « doit être préservé ». L’analyse de Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Iris (Photo Valérie Delestre).

Ce qu’a proposé mardi le président français à la Maison-Blanche est moins un nouvel accord que des compléments à l’accord de 2015 pour répondre aux défis de l’après-2025 et pour intégrer les questions de l’expansion de l’influence de l’Iran au Moyen-Orient et des missiles balistiques. Cette annonce depuis Washington n’est pas une surprise. Elle est le fruit de discussions de plusieurs semaines entre les diplomaties occidentales. Il s’agit de répondre à l’évolution des rapports de force au Moyen-Orient.

Pour de nombreux protagonistes, l’accord de 2015 est sans doute devenu insuffisant. Donald Trump a modifié les équilibres dans la région, par un soutien appuyé à l’Arabie saoudite et à Israël et par ses critiques répétées envers l’Iran. Il souffle sur les braises. En outre, son entourage est de plus en plus « faucon ». Son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, souhaiterait déchirer l’accord nucléaire avec l’Iran.

Dans ce contexte, la stratégie d’Emmanuel Macron est d’essayer de garder Donald Trump dans le jeu et de lui permettre de prendre certaines initiatives, mais tout en restant dans une dynamique de multilatéralisme. Ce serait le sens de ces additifs à l’accord de 2015. Le président français n’est pas allé aux États-Unis pour « convaincre » Donald Trump d’approuver cet accord signé par son prédécesseur, mais pour approfondir le dialogue.

Par ailleurs, le président américain n’est pas manipulable. Il faut toujours garder en tête qu’il s’adresse d’abord à son électorat et qu’il veut faire le contraire de Barack Obama. En outre, Donald Trump n’a pas de convictions personnelles en matière de géopolitique. Ses propos virulents et simplistes sur l’Iran à la Maison-Blanche devant Emmanuel Macron ne m’ont pas surprise. Le président américain sait alterner la flatterie et la provocation. C’est ce qu’il a fait avec le président français en public. Il faut faire la part des choses entre ce qu’ils ont dit devant les caméras et ce qu’ils se sont dit ensuite, dans une pièce fermée.

Personne ne peut prédire quelle sera la décision de Donald Trump le 12 mai prochain concernant l’accord sur le nucléaire iranien. Les diplomates américains sont inquiets d’un éventuel abandon du multilatéralisme et d’une décision péremptoire du président américain qui irait à l’encontre des négociations conjointes. Il rendra sa décision juste avant sa rencontre avec le président nord-coréen, dossier qu’il semble considérer comme particulièrement palpitant.

Ces dossiers engagent la planète et la paix. Cette incertitude sur les décisions à venir, cette sorte de diplomatie du chaos que conduit le président américain, est préoccupante. La réaction iranienne hier ne s’est pas fait attendre. Le président Rohani a dit que Donald Trump était « un marchand, un constructeur de tours » sans expérience des traités ».

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