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Participation aux 9e Entretiens d’Enghien, « L’Europe dans la tourmente », 22 mai 2017

13 mai 2017 admin 0

Le 22 mai prochain, je participerai aux neuvièmes Entretiens d’Enghien, organisés par l’IRIS et consacrés cette année à « L’Europe dans la tourmente ».

Je prendrai part à la première table ronde, intitulée « Trump Président, l’Europe au défi » :

Donald Trump s’est déclaré hostile au TTIP, considère l’OTAN comme « obsolète », pronostique qu’après le Royaume-Uni, d’autres États vont quitter l’Union européenne… La présidence Donald Trump laisse entrevoir des relations diplomatiques et commerciales tumultueuses entre les États-Unis et les pays de l’UE. Dans ce contexte, quel est l’avenir des liens transatlantiques ? L’élection de Donald Trump représente-t-elle un risque pour l’Union ou, au contraire, une opportunité d’émancipation ?

Avec :

Jannick ALIMI, rédactrice en chef adjointe, Le Parisien-Aujourd’hui en France

Nicholas DUNGAN, directeur de recherche à l’IRIS, Senior Fellow au sein du Programme des relations transatlantiques de l’Atlantic Council à Washington DC

Marie-Cécile NAVES, chercheure associée à l’IRIS

Alain RICHARD, ancien ministre, président du Conseil d’administration de l’IRIS, sénateur du Val d’Oise, maire de Saint‐Ouen‐l’Aumône (Val d’Oise)

Francis WURTZ, président de l’Institut d’Études européennes de l’Université Paris 8, député européen honoraire

Renseignements et inscriptions ici.

Unknown

INTERVIEW. « Décrets présidentiels de Trump : réel impact ou écran de fumée ? », pour « Libération »

6 mai 2017 admin 0

Depuis son investiture le 20 janvier, le dirigeant américain a signé une trentaine d’«executive orders». Le but : montrer à ses électeurs qu’il tient ses promesses de campagne.

Décrets présidentiels de Trump : réel impact ou écran de fumée ?
Pour cette «journée nationale de la prière» aux Etats-Unis, Trump a décidé de marquer le coup. Ce jeudi à la Maison Blanche, en présence de leaders des différentes confessions, il a signé un décret sur la liberté religieuse, permettant aux groupes de mieux s’impliquer dans la vie politique. C’est le 33eexecutive order depuis son investiture le 20 janvier. Des décisions qui revêtent, jusqu’à présent, essentiellement une portée symbolique.

Quel est l’impact réel des décrets signés par Trump ?
«Il n’y a pas de grandes décisions majeures qui sont sorties des décrets», décrit Marie-Cécile Naves, sociologue associée à l’Institut des relations internationales et stratégiques (1). Les seuls décrets qui ont un impact assez fort touchent à l’environnement ou aux droits des femmes.» Donald Trump a ainsi relancé par décrets le projet controversé du pipeline Keystone XL et a prévu le démantèlement du Clean Power Plan d’Obama, qui imposait aux centrales électriques de réduire d’ici 2030 leurs émissions de CO2 de 32% par rapport au niveau de 2005. Au total, sur 33 décrets signés par le président, huit s’attaquent à l’héritage environnemental de Barack Obama. La raison est simple. «Dans les dernières années de son mandat, Obama n’avait pas de majorité au Congrès et a donc fait passer un certain nombre de décisions par décrets sur ces sujets.» Problème : un décret peut être renversé par… un autre décret, ce qu’a bien compris Donald Trump. «Les décrets sont aussi une manière de marquer le début d’une présidence, d’afficher sa volonté de construire un agenda et d’aller dans telle direction», décrit Marie-Cécile Naves. Le 22 janvier 2009, dès son entrée en fonction, Barack Obama avait signé un décret qui prévoyait la fermeture de Guantánamo en 2010, pour rompre avec la présidence de George W. Bush. Une promesse restée sans effet.

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Trump fait-il une utilisation abusive des «executive orders» ?
Gouverner par décrets n’a rien de nouveau. Tous les présidents américains ont utilisé cette disposition, de façon plus ou moins systématique. Barack Obama en a signé 277, George W. Bush 291, et Bill Clinton 364. La palme revient à Franklin D. Roosevelt (1933-1945) qui a signé à lui seul 3 721 executive orders sur une période de douze ans, soit une moyenne de 307 décrets par an. Néanmoins, si Donald Trump continue à ce rythme, il pourrait signer en moyenne une centaine de décrets par an, soit le triple de son prédécesseur, selon The Americain Presidency Project, qui recense le nombre d’executive orders signés par chaque président depuis George Washington.

Quel est l’intérêt pour Trump de gouverner par décrets ?
Non inscrits dans la Constitution, les décrets présidentiels permettent d’accélérer la prise de décision sans passer par le Congrès, qui détient le pouvoir législatif. Mais les obstacles judiciaires sont nombreux. A l’image du «Muslim Ban» de Trump, aussitôt suspendu par un juge fédéral. «Même si le pouvoir décisionnel par décret est faible, ce que fait Trump a une forte portée symbolique, estime Marie-Cécile Naves. Il envoie des signaux aux agences gouvernementales, aux Etats fédérés et à la société civile sur son agenda et sa volonté. Et ce, même si ses décrets échouent comme ceux sur l’immigration. Ils créent une dynamique et participent petit à petit à la construction de l’agenda en particulier au niveau local. Les Etats fédérés conservateurs sont très largement encouragés à faire voter des lois, par exemple, pour restreindre encore plus l’accès à l’avortement ou baisser les subventions locales aux associations écologiques.»

La mise en scène autour de la signature des décrets, immortalisée par les photographes et les caméras, a elle aussi une portée symbolique. «Très souvent, quand Trump signe des décrets, y compris sur les droits des femmes, il est entouré d’hommes blancs, poursuit la sociologue. C’est très important dans le signal que Trump envoie au peuple américain : « Mon Amérique à moi, c’est une Amérique patriarcale, blanche, nostalgique. »»

«Donald Trump signe un décret anti-avortement, entouré d’hommes.»

Seul risque pour le Président : finir par se mettre le Congrès à dos. «A force de gouverner par décrets, de critiquer Washington et les parlementaires eux-mêmes, Trump n’est pas du tout en train de créer une relation de confiance avec les parlementaires républicains, qui sont loin d’être un bloc uni», explique Marie-Cécile Naves.

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INTERVIEW. « Revirements de Trump sur la Corée du Nord, la Syrie, la Russie », pour LCI

6 mai 2017 admin 0

Interview publiée sur le site de LCI, le 4 mai 2017 et réalisée par Thomas Guien.

Le président américain a confié lundi qu’il serait « honoré » de rencontrer Kim Jong-Un, après avoir invité le sulfureux Philippin Rodrigo Duterte à la Maison Blanche. Des décisions qui interviennent après des revirements dans sa politique étrangère, décidément insaisissable. Le point de vue de Marie-Cécile Naves, sociologue et spécialiste des Etats-Unis.

Cartons d’invitation envoyés au Philippin Duterte et au chef de la junte militaire thaïlandaise Prayut Chan-o-cha, appel du pied à Kim Jong-un… Un peu plus de 100 jours après son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump semble brouiller les cartes ces derniers jours vis-à-vis de sa politique étrangère. Une diplomatie à l’opposé de celle qu’il avait promis durant sa campagne, durant laquelle il préconisait – notamment – un rapprochement avec Moscou et un éloignement avec l’OTAN. Les explications de Marie-Cécile Naves, sociologue et spécialiste des Etats-Unis.
LCI : Après le cap des 100 jours, Donald Trump a pris un virage à 180 degrés sur certaines promesses en matière de politique étrangère (OTAN, Russie, Chine…). S’est-il heurté au principe de réalité ?

Marie-Cécile Naves : En effet. Cela s’explique par plusieurs raisons, la première étant que Donald Trump est quelqu’un qui, sur beaucoup de sujets, n’a pas de convictions profondes. Il agit en fonction de ce qu’il voit à la télévision, de ce que les médias disent de lui. Mais aussi selon ses dernières rencontres : c’est un peu comme si « le dernier qui a parlé » avait raison. Par exemple, avec le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg : auparavant, il jugeait cette organisation « obsolète », « coûteuse » et « inutile ». Le lendemain de son entretien avec lui, l’OTAN est devenue fantastique, elle n’était plus « obsolète » mais « utile » dans la lutte contre le terrorisme.

LCI : Est-ce aussi le cas pour la Syrie ?

Marie-Cécile Naves : Oui, quand il a bombardé l’usine chimique de Bachar al-Assad en avril. Cela résulte d’un changement de rapport de force dans son entourage, puisque suite à différents échecs en politique intérieure la ligne isolationniste de certains conseillers (Steve Bannon / Stephen Miller / Michael Flynn) a perdu du terrain par rapport à celle des généraux (Herbert Mc Master, James Mattis…) qui sont plus interventionnistes. Il est inquiétant de voir qu’en fonction de celui qui a l’oreille de Trump la stratégie change. Il faut ainsi s’habituer au fait que ce président raisonne à court terme. Et les autres puissances doivent prendre acte de cela.

LCI : Donald Trump a-t-il une forme d’attraction pour des dirigeants autoritaires, tel que Vladimir Poutine, Kim Jong-Un ou Rodrigo Duterte ?

Marie-Cécile Naves : Je pense même qu’il est fasciné par les dictateurs. Durant la campagne, il avait d’ailleurs témoigné son admiration pour Saddam Hussein. Le fait qu’il puisse être dans un dialogue avec eux et être en mesure de prendre l’ascendant lui permet de se glorifier lui-même, de donner l’image d’un homme fort. Et ce au moment même où il va d’échec en échec en politique intérieure. C’est un moyen de faire diversion.

LCI : Sa politique intérieure influerait-elle sa politique étrangère ?

Marie-Cécile Naves : Oui, car jusqu’ici rien n’a fonctionné comme il l’avait prévu. Il a raté tout ce qu’il avait promis : les décrets sur l’immigration, l’absence de mise au vote pour sa réforme de la Santé, les difficultés qu’il va avoir pour faire passer son budget… Chaque « victoire » en politique étrangère lui permet de faire diversion. Par exemple quand il a bombardé l’usine chimique en Syrie : durant quelques jours, il est apparu comme le chef du monde libre.

LCI : En l’absence d’une doctrine solide, Donald Trump raisonnerait-il avant tout par opportunisme ?

Marie-Cécile Naves : Par opportunisme, et par court-termisme. Cela est assez déstabilisant pour les partenaires des Etats-Unis, qui doivent s’y habituer et prévoir plusieurs scénarios. Barack Obama, lui, était un président réaliste, ni interventionniste ni pacifique. Avant lui, George W. Bush avait une ligne néo-conservatrice. Là, il n’y a ni doctrine ni conviction. Et c’est d’autant plus déroutant que Donald Trump semble influençable.

LCI : Un profil synonyme d’inquiétude dans un dossier comme celui de la Corée du Nord ?

Marie-Cécile Naves : On va de rebondissement en rebondissement ; il y a encore trois semaines, on se demandait s’il n’allait pas déclencher une guerre. Désormais, il se dit prêt à rencontrer Kim Jong-Un. Sachant que ce dernier n’a, jusqu’ ici, rencontré aucun chef d’Etat étranger…On passe d’une menace de guerre à une volonté de négocier, de se rencontrer. Tout cela est un tourbillon.

Unknown

INTERVIEW. « Trump prêt à rencontrer Kim Jong-un », pour « 20 Minutes »

6 mai 2017 admin 0

Interview publiée sur le site de « 20 Minutes », le 2 mai 2017 et réalisée par Anissa Boumediene.

Prêt il y a quelques semaines encore à envisager une solution militaire à propos de la Corée du Nord, le président américain a complètement retourné sa veste et se dit désormais prêt à rencontrer Kim Jong-un…

Et une volte-face de plus, une ! Ce lundi, Donald Trump a confié qu’il serait « honoré » de rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un « si les conditions étaient réunies ». Il l’avait même qualifié ce week-end de « petit malin », rapport à son habileté supposée à s’être hissé au pouvoir malgré son jeune âge. Il y a quelques jours pourtant, le président américain déclarait être prêt à mettre la solution militaire « sur la table » pour cet épineux dossier de la Corée du Nord, alors que Kim Jong-un menaçait lui de « rayer les Etats-Unis de la carte ». Pour les observateurs, difficile de faire le tri dans ce flot de déclarations dénuées de cohérence.

« Une déclaration totalement inattendue et inimaginable »

« Cette dernière déclaration est plus que totalement inattendue et inimaginable de la part du président Donald Trump, commente Dorian Malovic, coauteur du livre La Corée du Nord en 100 questions (éd. Tallandier). Certes, Trump s’était dit » prêt à manger un burger avec Kim Jong-un « lorsqu’il était candidat en campagne électorale. Mais depuis le début de sa présidence il y a un peu plus de 100 jours, sa position sur le dossier nord-coréen avait radicalement changé ».

Pour Marie-Cécile Naves, politologue spécialiste des Etats-Unis et auteure de Trump, l’onde de choc populiste (éd. Fyp), « il ne s’agit là que d’une volte-face de plus de Donald Trump. Il faut s’habituer à ce que la politique étrangère menée par le président américain soit faite de volte-face et d’actions à très court terme. Cela peut même entraîner une nouvelle doctrine de court-termisme de Donald Trump, qui s’inscrit dans une logique de réactions au jour le jour ».

« Trump n’a aucune stratégie »

Son prédécesseur à la Maison Blanche, Barack Obama, « avait opté pour la patience stratégique vis-à-vis de la Corée du Nord, explique Dorian Malovic. Or Trump a dès son accession au pouvoir eu des déclarations très va-t-en-guerre sur la Corée du Nord, voulant tenter une « nouvelle approche » de ce dossier ». Le président Trump a ainsi redit vouloir s’appuyer sur le levier chinois, Pékin étant de très loin le premier partenaire économique et le régime le plus proche de celui de Pyongyang. Selon Donald Trump le président chinois Xi Jinping « s’emploie à tenter de résoudre ce très gros problème, qui est aussi celui de la Chine ». Le problème, pour Marie-Cécile Naves, c’est que « Trump est quelqu’un qui n’a pas de vision à long terme, parce qu’il n’a aucune vision tout court en matière de politique étrangère, pas d’idéologie, ni de convictions ».

« Trump n’a aucune stratégie, abonde Dorian Malovic. S’il avait avancé sur ce dossier, l’idée d’une rencontre marquerait un aboutissement dans la résolution de ce conflit, mais là, on en est très loin. Pour l’heure, le président Trump a, notamment via la Chine, voulu mettre la pression sur la Corée du Nord sur les terrains diplomatique, économique et militaire, expliquant que des frappes préventives n’étaient d’ailleurs pas à exclure », complète le spécialiste de la Corée du Nord. Mais il est allé de déclarations farfelues en bévues, s’inscrivant dans une escalade verbale qui a fait monter comme jamais les tensions entre Washington et Pyongyang : on était presque au bord d’une guerre nucléaire ! ». Puis, « subitement, après s’être enlisé dans sa rhétorique belliqueuse, voilà que Donald Trump flatte Kim Jong-un dans la presse », poursuit Dorian Malovic, soulignant une « utilisation dangereuse de plus des médias par le président américain », passé maître dans cet exercice.

La crédibilité américaine est « en train de s’effondrer »

Sauf que ces déclarations tous azimuts ne peuvent constituer une politique internationale américaine cohérente. Résultat : « le message de Trump est illisible, et la crédibilité de sa parole en Asie est en train de s’effondrer, tant vis-à-vis des Chinois, que du côté des alliés japonais et sud-coréens, avertit Dorian Malovic. C’est la légitimité même de la présence américaine dans la région qui va en prendre un coup, au risque pour les Etats-Unis que la Chine, qui a appelé Donald Trump à « plus de retenue », ne soit désormais vue comme le seul interlocuteur stable et sérieux sur le dossier sud-coréen ».

De son côté, en riposte au précédent appel des Etats-Unis à l’ONU à renforcer les sanctions, la Corée du Nord a procédé samedi à un tir de missile balistique. Un tir qui s’est soldé par un échec. « La Corée du Nord n’est pas dans l’offensive, elle se contente de répondre à Trump », analyse Dorian Malovic, qui déplore « l’irresponsabilité du leader de la première puissance mondiale, qui joue avec le feu nucléaire. Là, Pyongyang est en train de gérer ses essais de missiles, et évalue le risque de se lancer ou non dans un sixième essai nucléaire ».

A la lumière des 100 premiers jours de sa présidence, Trump semble aujourd’hui revenir au dialogue et au statu quo en vigueur sous la présidence de Barack Obama, comptant par ailleurs sur l’entrée dans la partie de l’ONU. Jusqu’à la prochaine volte-face ?

unknown

INTERVIEW. « Le sport féminin a un potentiel immense », pour Lemonde.fr

17 avril 2017 admin 0

Interview pour lemonde.fr, publiée le 11 avril 2017 et réalisée par Arthur Laffargue.

Ecarts salariaux : « L’argument de la moindre rentabilité du sport féminin est moins vrai »

Les revenus sont encore loin d’être égaux entre sportifs et sportives américains. Mais en trois jours, deux étapes vers l’égalité salariale entre hommes et femmes ont été franchies aux Etats-Unis. Le 5 avril, les footballeuses (soccer) ont obtenu de leur fédération un accord permettant de doubler leurs salaires, leurs primes et d’augmenter les per diem, les indemnités accordées lors des déplacements avec l’équipe nationale. Des chiffres qui devraient être revus à la hausse en année de compétition majeure que sont la Coupe du monde et les Jeux olympiques.
Le 8 avril, les hockeyeuses ont, quant à elles, obtenu gain de cause auprès leurs instances fédérales. Avec le nouveau contrat signé, fini les déplacements en classe économique. Moins anecdotique, les joueuses recevront un salaire de 70 000 dollars annuel alors qu’elles n’étaient auparavant rémunérées que six mois avant les Jeux olympiques. Les hommes, souvent payés plusieurs millions de dollars par les franchises qui les emploient, dépendent moins des revenus tirés de leurs performances avec l’équipe nationale.

Chercheuse associée à l’Iris et vice-présidente du think tank sport et citoyenneté, Marie-Cécile Naves explique que, si l’égalité des salaires est encore loin d’être atteinte outre-Atlantique, les fédérations sportives françaises feraient bien de s’inspirer de la dynamique enclenchée aux Etats-Unis.

Pourquoi la fédération de soccer a-t-elle cédé aux revendications des joueuses ?

A la fin 2016, il y a eu un assez gros scandale aux Etats-Unis. Plusieurs joueuses de la sélection nationale ont attaqué la fédération de soccer. Elles contestaient les différences de salaires et de primes. Au-delà de la mobilisation des joueuses, des sénateurs démocrates ont pris position sur le sujet ; Barack Obama lui-même s’est exprimé. Il y a aussi eu une mobilisation très importante sur les réseaux sociaux. Ces inégalités ont été le symbole de la discrimination dans le monde du travail. Tout ça n’était pas bon pour l’image de la fédération.

Les instances sportives américaines ont-elles aussi cédé parce que le sport féminin devient « rentable » ?

Il y a un gros débat, y compris en France, pour savoir si les femmes rapportent vraiment moins que les hommes. Aux Etats-Unis, les joueuses de soccer ont tout gagné. Pour la finale de Coupe du monde en 2015, il y avait 25 millions de téléspectateurs sur Fox. Ce qui est un record aux Etats-Unis pour un match de soccer, hommes et femmes confondus.

Et puis la question de la rentabilité pour les marques se pose également. Les femmes partent certes de très loin, mais le marché du sport masculin devient saturé. Il est difficile pour une marque d’attirer des nouveaux joueurs, de trouver une niche. Alors que le sport féminin a un potentiel immense, que ce soit pour les équipementiers ou pour sponsoriser des grandes compétitions. Forcément, la valeur marchande résultant de l’image des joueuses est appelée à changer.

Je fais partie de ceux qui pensent que la lutte contre les discriminations n’est pas incompatible avec la performance économique, parce que les talents ne sont pas gâchés et leur potentiel peut être exploité. Finalement le sport est un domaine professionnel comme un autre. Le fait de rester sur des vieux schémas n’est pas du tout rentable.

On observe donc une tendance vers l’égalité dans le sport américain. En France, cela n’est pas forcément le cas. Comment l’expliquer ?

Aux Etats-Unis, le sport occupe une place qu’il ne possède pas en France, où le sexisme dans ce domaine est encore assez bien toléré. Mais je pense que cela va changer dans les années à venir. D’une part, l’argument de la moindre rentabilité du sport féminin est de moins en moins vrai. De l’autre, le monde du sport s’abrite beaucoup derrière les valeurs d’équité, d’égalité. Il ne peut donc pas y avoir un discours qui utilise des valeurs comme alibi en parallèle de pratiques discriminatoires qui perdurent.

C’est particulièrement le cas dans les clubs, où l’on refuse les filles, où les horaires d’entraînement favorisent les équipes de garçons. On investit très tôt sur les garçons au détriment des filles. En France, l’inégalité dans le sport commence dès l’enfance, et ce n’est pas juste une question de rentabilité, de droits de retransmission et de sponsoring.

Unknown

Invitée de « C dans l’air » sur Trump, la Syrie et la Corée du Nord, le 11/04/17

17 avril 2017 admin 0

Le 11 avril 2017, j’étais invitée de l’émission « C dans l’air » sur France 5, présentée par Caroline Roux.

Un conflit peut-il éclater en Asie ? Deux jours après le bombardement sur une base syrienne, l’envoi, au large de la péninsule coréenne, du porte-avions USS Carl Vinson et de la flottille qui l’accompagne suscite l’inquiétude des pays de la région et de la communauté internationale.

Peu avant les célébrations de l’anniversaire de la naissance du fondateur de la République populaire démocratique de Corée, Kim Il-sung, le 15 avril 2017 – date qui donne généralement lieu à une démonstration de puissance militaire par la Corée du Nord –, le bras de fer se durcit entre Washington et Pyongyang. Et de chaque côté, c’est l’escalade verbale : pour les États-Unis, qui n’écartent pas l’option militaire, la présence au large de la péninsule du groupe aéronaval est une « mesure de précaution » compte tenu des « provocations de Pyongyang » et de « la menace nucléaire ». « La République populaire démocratique de Corée est prête à réagir, quel que soit le type de guerre voulu par les États-Unis. Nous prendrons les mesures de contre-attaque les plus fermes contre les provocateurs, afin de nous défendre par la voie des armes », a tonné de son côté la Corée du Nord, ce mardi 12 avril.

La tension est montée d’un cran ces dernières heures et les yeux se tournent désormais vers la Chine. Que va faire Pékin, à qui Washington avait demandé de résoudre le problème du programme nucléaire nord-coréen ? Le président américain a-t-il l’intention d’intervenir unilatéralement, comme il l’a déjà menacé depuis son arrivée à la Maison-Blanche ? Où en est réellement le programme balistique nord-coréen ? Faut-il craindre un embrasement de la région ? Et quelle est donc la « doctrine Trump » de sécurité ?

Unknown

Invitée de la Matinale de France Info, le 11/04/17

17 avril 2017 admin 0

Le 11 avril 2017, j’étais invitée dans la Matinale de France Info, présentée par Fabienne Sintès, à propos des frappes américaines en Syrie et plus globalement sur la stratégie (ou l’absence de stratégie) de Trump au Moyen-Orient.

Relations entre Washington et Moscou : « C’est à qui baissera les yeux le premier »

Le dossier syrien est au menu des discussions mardi 11 avril à Lucques, en Italie, avec un sommet des ministres des Affaires étrangères du G7 où le secrétaire d’État américain Rex Tillerson sera en première ligne avant d’aller à Moscou. Il connaît bien la Russie : il s’y est souvent rendu dans le cadre de ses anciennes fonctions au sein du groupe pétrolier ExxonMobil. Mais l’atmosphère a changé entre les Russes et les Américains depuis la frappe américaine en Syrie. Selon Marie-Cécile Naves, sociologue, docteur en sciences politiques de l’université Paris-Dauphine et auteur de Trump, L’onde de choc populiste, il règne désormais un « froid glacial » entre Washington et Moscou.

Rex Tillerson se rend à Moscou. Le président russe Vladimir Poutine ne va pas le recevoir, comment l’analysez-vous ?

C’est un signe de froid glacial entre les deux. Rex Tillerson ne rencontrera que Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères. Poutine et Tillerson se connaissent bien. Poutine l’a décoré quand il était patron d’Exxon. Pendant la campagne électorale américaine, et au tout début de la présidence de Donald Trump, Rex Tillerson avait eu des mots sympathiques vis-à-vis de la Russie. On soupçonnait qu’il irait dans le sens de la levée des sanctions contre la Russie. Là, il a des mots presque plus durs que Trump. Il a parlé d’incompétence de la Russie dans la lutte contre les armes chimiques en Syrie. Il accuse également Moscou d’ingérence dans les campagnes électorales européennes, notamment française. Cela permet de faire diversion sur les très forts soupçons d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine.

Il y a eu des mots également sur la Crimée, sur l’Ukraine, sur les opposants arrêtés et emprisonnés après la manifestation du mois de mars en Russie. Y voyez-vous une part de théâtralisation ?

Oui, bien sûr. C’est à qui baissera les yeux le premier. Il y a tout de même des relents de Guerre froide et de l’intimidation. Là, ils vont être obligés de discuter, sur la question syrienne notamment. Si les Etats-Unis ont fait ce coup de force, la semaine dernière, il n’est pas question pour eux de perpétuer un unilatéralisme, à moins de revenir à l’idéologie néo-conservatrice dont on connaît les conséquences en termes de chaos au Moyen-Orient.

On a aussi l’impression que l’on ne dépasse pas la ligne rouge diplomatique. Si c’était si grave, la visite aurait été annulée, non ?

Ils sont obligés de discuter. L’unilatéralisme ne peut plus fonctionner dans le contexte actuel. Les jeux d’alliances sont beaucoup trop compliqués et changeants au Moyen-Orient. Il y a un autre partenaire dans cette histoire, l’Iran. On ne peut donc plus agir seul. Par ailleurs, ce qui est assez inquiétant aux Etats-Unis, c’est qu’on a l’impression que Donald Trump n’a pas de stratégie géopolitique en général et au Moyen-Orient en particulier. Avec lui, c’est le dernier qui a parlé qui a raison. Au départ, la ligne non-interventionniste, incarnée par Stephen Bannon et l' »America First », dominait. Ce dernier a été écarté du Conseil de sécurité nationale, sous l’influence des généraux dont Trump s’est entouré. On a donc aujourd’hui une ligne de force plus interventionniste mais modérée, qui prend le pas sur la ligne isolationniste. On ne sait pas ce qu’il y a dans la tête de Donald Trump, d’un jour, d’une semaine à l’autre. On a l’impression qu’il y a aussi des désaccords internes.

Comment Vladimir Poutine peut-il réagir, selon vous ?

L’intérêt de Poutine n’est pas d’aller vers une escalade militaire. Les jours qui viennent vont être très importants dans l’évolution du rapport de force entre Washington et Moscou. Vladimir Poutine a sans doute été déstabilisé. Le président russe a voulu Trump comme président. Mais il se rend compte que Trump ne peut pas être la marionnette qu’il avait peut-être imaginée, que c’est quelqu’un d’imprévisible, y compris pour lui. Ce qui est stupéfiant, c’est le coup de force de Trump. Il apparaît comme la tête de pont du monde libre, y compris dans la presse française. Je suis frappée de voir qu’il a trouvé une aura alors qu’en réalité on ne sait rien de ses intentions. C’est un coup tactique très fort de sa part.

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INTERVIEW. « Trump fait diversion sur la politique intérieure », pour « Le Parisien »

17 avril 2017 admin 0

Syrie : «Trump fait diversion pour masquer ses échecs de politique intérieure»

La succession de revirements de Donald Trump en matière de politique étrangère laisse perplexe. Seule certitude, son imprévisibilité a de l’avenir.
Son élection fut une surprise pour bon nombre d’observateurs. Depuis son arrivée dans le Bureau ovale, sa feuille de route diplomatique l’est tout autant. Donald Trump enchaîne les virages serrés. Six jours ont ainsi suffi pour voir sa gestion du dossier syrien bouleversée. Il assumait s’accommoder du président Bachar al-Assad, le 30 mars. Depuis le 6 avril, jour des frappes punitives américaines en réponse à l’attaque chimique imputée à Damas, ce dernier n’est plus qu’«un boucher». Et par incidence, la Russie un Etat complice.

Cet art de la volte-face n’a paradoxalement rien de surprenant, selon Marie-Cécile Naves, chercheuse à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques. «Avec Trump, on a l’impression que le dernier qui parle a raison. Il faut prévoir l’imprévisible avec lui». Il est un homme de la conjoncture. Et, selon elle, celle-ci se confronte actuellement à deux retentissants désaveux survenus sur le sol américain. «Il fait diversion pour masquer ses échecs de politique intérieure. Ses défaites sur la loi contre l’Obamacare ou sur le Muslim Ban l’ont affaibli. Bientôt sera votée la loi sur le budget fédéral. Autant dire que Trump a besoin de rassembler le camp républicain avec une dose d’interventionnisme».

Si Mark Porter, représentant du Parti républicain en France, n’emploie pas les mêmes mots, il dresse le même constat. Il y a un flou. Seulement, celui-ci serait volontaire, stratégique. «Trump est extrêmement doué pour la communication. Il garde les mêmes méthodes que dans son passé de grand patron». Il le martèle, sa méthode est logique. «Vous voyez, Obama et les autres politiques répètent leurs gammes et ensuite font une performance. Ce sont des musiciens classiques. Trump lui, c’est un jazzman. Il change de calibre en fonction du public». Quid de la part d’improvisation intrinsèque au jazz ? «C’est une improvisation dans le contexte, se défend M. Porter.

«Cacher sa ligne rouge lui permet de négocier»

Le mystère serait un argument de négociation, selon Mark Porter, qui estime que les médias occidentaux caricaturent les décisions diplomatiques de Trump. «Cacher sa ligne rouge lui permet de négocier. Il ne révèle jamais sa stratégie. Il ne veut pas être littéral», ajoute-t-il, sans réussir à définir clairement les principes fondateurs du style Trump.

A la question de savoir si cette reprise en main de la Maison Blanche par les généraux républicains, McCaster et Mattis en tête, et le secrétaire d’Etat Rex Tillerson peut durer, les réponses laissent planer les mêmes divergences. «Il n’y a pas de stratégie à moyen et long-terme dans le Moyen-Orient. On est loin de l’interventionnisme prôné par les néo-conservateurs et de ce qu’on a connu sous George W. Bush, tempère Marie-Cécile Naves. L’impunité d’Assad est remise en cause, la Russie fragilisée mais il n’y a pas d’escalade militaire.»

La bataille d’influence qui agite actuellement Washington, et dont Steve Bannon, le haut conseiller connu pour ses penchants nationalistes et suprémacistes, serait le grand perdant, n’est qu’une invention, poursuit Mark Porter. «D’ailleurs, Trump n’est même pas isolationniste, c’est du n’importe quoi. Ce sont des inventions du New York Times, du Washington Post et des autres grandes entreprises de presse américaines.» Son slogan de campagne, «America First», laissait pourtant peu de place au doute.

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INTERVIEW. « Trump s’installe aux antipodes d’Obama », pour « L’Orient Le Jour »

17 avril 2017 admin 0

Interview réalisée par Kenza Safi-Eddine et publiée sur le site de « L’Orient Le Jour », le 8 avril 2017.

Donald Trump n’est pas Barack Obama. Et il ne manque pas une occasion de le rappeler. Son prédécesseur avait renoncé à intervenir après les attaques chimiques contre la Ghouta en 2013, alors que la ligne rouge qu’il avait lui-même tracée avait été franchie par le régime de Bachar el-Assad. L’actuel locataire de la Maison-Blanche a fait tout le contraire : pas de ligne rouge, mais des frappes punitives contre le régime en réponse à l’attaque chimique contre Khan Cheikhoun, imputée au régime, qui a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants. La volte-face du 45e président américain a pris tout le monde de court. Hier, vers 03h40 heure locale, 59 missiles de croisière Tomahawk ont été tirés par deux navires américains en Méditerranée sur la base aérienne syrienne d’al-Chaayrate, dans le centre de la Syrie. L’armée syrienne a fait état de près de 6 morts et de quelques blessés. Quelques heures plus tard, l’agence de presse officielle Sana a annoncé la mort de 9 civils, dont des enfants, dans des villages environnants. Dans une adresse solennelle à la télévision, le président américain a expliqué que ces frappes étaient « directement liées » aux événements « horribles » de mardi. Comme pour montrer que le recours aux armes chimiques, interdites par le droit international, ne pouvait rester impuni.
Une annonce surprise

C’est la première fois que les États-Unis interviennent volontairement contre le régime Assad depuis le début du conflit en 2011. C’est aussi la première grande décision du « Donald » sur la scène internationale. Une décision qui tranche radicalement avec les déclarations tenues jusqu’alors par le locataire de la Maison-Blanche en matière de politique étrangère. Plutôt considéré comme un isolationniste, le milliardaire américain avait fait de l’America First sa seule doctrine en relations internationales. Quitte à accentuer le désengagement américain, entamé par son prédécesseur, au Moyen-Orient. À coups de tweets et de déclarations-chocs, il a toujours prôné un désengagement assumé sur le dossier syrien. En 2013, alors qu’il n’avait pas encore pris place derrière le bureau Ovale, le magnat de l’immobilier s’était vivement opposé à une offensive américaine. Pour le candidat en devenir, un mot d’ordre, répété comme un refrain : « Restons en dehors de la Syrie. »

Tout au long de sa campagne, Donald Trump n’a jamais infléchi sa décision. Le candidat républicain considérait le maintien d’« hommes forts » comme Bachar el-Assad ou son homologue égyptien Abdel-Fattah el-Sissi comme une nécessité. « Laissons la Syrie combattre Daech. Qu’est-ce que nous en avons à faire ? » déclarait-il lors d’une interview pour CNN en septembre 2015. Une fois installée dans les salons de la Maison-Blanche, l’administration Trump reste sur ses positions. Dans un communiqué de la semaine dernière, elle indiquait ne plus faire du départ de M. Assad une priorité en Syrie, la véritable lutte étant celle à mener contre les jihadistes de l’EI.

Extérieur/Intérieur

Ce virage à 180° a pourtant ses raisons tant sur la scène politique intérieure qu’extérieure. « C’est une stratégie politique bien huilée, destinée à la fois à son camp politique et ses détracteurs », explique Marie-Cécile Naves, chercheuse à l’IRIS et spécialiste des États-Unis, interrogée par L’Orient-Le Jour. Confronté à de nombreux échecs, l’ancien promoteur immobilier cherche à regagner la confiance de sa population. « Profitant de l’emballement médiatique autour des attaques chimiques, Donald Trump sait qu’il peut ici se positionner en sauveur », souligne la chercheuse.

Face à la débâcle de ses projets de réforme et aux accusations de liaisons troubles avec la Russie lors de la campagne présidentielle, le locataire de la Maison-Blanche souhaite clairement resserrer les liens avec son camp. « Il veut retrouver la bénédiction des barons du Parti républicain », précise Mme Naves. Le coup politique est réussi. Salué par les ténors républicains comme Marco Rubio et John McCain, le président américain a aussi reçu l’appréciation de son ancienne rivale Hillary Clinton. Une décision approuvée par une partie des républicains, mais qui pourrait décevoir la frange isolationniste de son électorat.

Les frappes américaines sont aussi un moyen pour le président d’imposer sa marque sur la scène internationale. « Une manière de dire à la Russie, l’Iran et la Corée du Nord qu’il est capable d’agir et qu’il ne bluffe pas », juge Julien Théron, spécialiste de géopolitique à Sciences-Po, interrogé par L’OLJ. Le coup médiatique est réussi. Mais il ne règle pas pour autant la problématique américaine en Syrie. L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley, a menacé hier le régime syrien d’une nouvelle action militaire. « Nous sommes prêts à en faire plus, mais nous espérons que cela ne sera pas nécessaire », a t-elle précisé. La menace devrait être entendue, au moins sur la question du recours aux armes chimiques, mais elle ne constitue pas pour autant un changement stratégique de la politique américaine en Syrie. Au moins, pour l’instant.

Unknown

INTERVIEWS. Trump, la Syrie et la Russie, pour France Info

17 avril 2017 admin 0

Le 7 avril 2017, j’ai accordé plusieurs interviews à France Info à propos du bombardement, par l’armée américaine, d’une installation militaire d’Assad en Syrie, en représailles de l’attaque chimique de ce dernier contre le peuple syrien. L’interview ci-dessous a été réalisée par Kocila Makdeche.

Frappe américaine en Syrie : « Trump veut montrer qu’il n’est pas uniquement dans le bluff »

Rares étaient les observateurs qui pouvaient prévoir que Donald Trump frapperait si soudainement. Pour la première fois depuis le début du conflit syrien, l’aviation américaine a bombardé une base de l’armée de Bachar Al-Assad, dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 avril, en représailles à une attaque chimique présumée imputée au « dictateur Bachar Al-Assad ».

La Russie et l’Iran, fidèles alliés du régime, ont immédiatement dénoncé « une agression ». Une action qui risque de redistribuer les cartes dans la région, où de nombreuses puissances internationales ont pris position. Pourtant, depuis le début de son mandat, Donald Trump avait plutôt appelé à faire front commun avec Damas et Moscou. Pour y voir plus clair sur ce revirement soudain, franceinfo a interrogé Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques, et auteure de Trump, l’onde de choc populiste (FYP éditions, 2016).

Il y a une semaine, l’administration américaine affirmait que le départ de Bachar Al-Assad n’était plus une priorité pour Washington. Comment faut-il interpréter ce soudain revirement de situation ?

C’est un fait, Donald Trump est quelqu’un d’imprévisible, mais cette frappe soudaine s’explique par différents éléments.D’abord par l’émotion générale suscitée par le bombardement à l’arme chimique de ce village syrien, cette semaine. C’est loin d’être la première fois que Bachar Al-Assad assassine son peuple. Seulement, cette fois, il y a eu des images d’enfants gazés qui ont beaucoup choqué l’opinion américaine.Comme en France, les chaînes de télévision américaines ont diffusé en boucle ces images atroces. Après les signaux plutôt positifs que son administration avait envoyés à Bachar Al-Assad, Trump se devait de réagir.

D’autre part, Donald Trump a souhaité montrer au monde qu’il était un homme fort et qu’il était prêt à agir seul, sans se soucier des tergiversations de l’ONU. Il rompt ainsi avec son prédécesseur, qui avait dû reculer en 2013, malgré sa fameuse déclaration sur la ligne rouge. Lui montre qu’il n’a pas besoin de négocier, ni avec le Conseil de sécurité, ni avec le Congrès, pour intervenir. Il s’inscrit dans un rôle de chef de guerre. C’est une position très « viriliste ».

En rompant ainsi avec la politique menée par Barack Obama, Donald Trump répond-il aussi à des enjeux de politique intérieure ?

Evidemment. Cette frappe s’inscrit dans un contexte intérieur très particulier pour Donald Trump. Il a été mis en grande difficulté par les accusations d’immixtion probable de la Russie dans la campagne présidentielle. Le FBI et le Sénat enquêtent sur ses proches, accusés de liens avec Moscou. Aujourd’hui, Donald Trump veut montrer l’image d’un président qui n’est pas inféodé au Kremlin et qui a son propre libre arbitre.

Outre ces accusations, le nouveau président américain a essuyé une série d’échecs politiques avec la réforme de la santé et le décret sur l’immigration. Récemment, il a encore été fragilisé par l’éviction de son bras droit Steve Bannon du Conseil de sécurité nationale. Avec cette frappe, Donald Trump a réussi à remettre les Républicains en ordre de marche derrière lui.

Et sur le plan extérieur, que cela veut-il dire ?

Le moment n’est pas anodin. Cette frappe a été décidée alors que Donald Trump reçoit le président chinois. Il veut montrer qu’il n’est pas uniquement dans le bluff et qu’il est capable d’agir. Un message aussi destiné à la Corée du Nord et à l’Iran.

Sur le Moyen-Orient, maintenant, ma conviction est qu’il n’a pas de réelle stratégie pour la région. Son administration et la diplomatie américaine se sont inquiétées ces derniers mois de son incompétence et de sa difficulté à prendre acte de la complexité du jeu d’alliance dans la région. Que va-t-il se passer désormais dans ce billard à plusieurs bandes qu’est le conflit syrien ? C’est la grande question.