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Participation aux 9e Entretiens d’Enghien, « L’Europe dans la tourmente », 22 mai 2017

13 mai 2017 admin 0

Le 22 mai prochain, je participerai aux neuvièmes Entretiens d’Enghien, organisés par l’IRIS et consacrés cette année à « L’Europe dans la tourmente ».

Je prendrai part à la première table ronde, intitulée « Trump Président, l’Europe au défi » :

Donald Trump s’est déclaré hostile au TTIP, considère l’OTAN comme « obsolète », pronostique qu’après le Royaume-Uni, d’autres États vont quitter l’Union européenne… La présidence Donald Trump laisse entrevoir des relations diplomatiques et commerciales tumultueuses entre les États-Unis et les pays de l’UE. Dans ce contexte, quel est l’avenir des liens transatlantiques ? L’élection de Donald Trump représente-t-elle un risque pour l’Union ou, au contraire, une opportunité d’émancipation ?

Avec :

Jannick ALIMI, rédactrice en chef adjointe, Le Parisien-Aujourd’hui en France

Nicholas DUNGAN, directeur de recherche à l’IRIS, Senior Fellow au sein du Programme des relations transatlantiques de l’Atlantic Council à Washington DC

Marie-Cécile NAVES, chercheure associée à l’IRIS

Alain RICHARD, ancien ministre, président du Conseil d’administration de l’IRIS, sénateur du Val d’Oise, maire de Saint‐Ouen‐l’Aumône (Val d’Oise)

Francis WURTZ, président de l’Institut d’Études européennes de l’Université Paris 8, député européen honoraire

Renseignements et inscriptions ici.

unknown

CONFERENCE sur le genre dans la campagne présidentielle américaine, à l’université Paris-Descartes

3 décembre 2016 admin 0

Le 22 novembre 2016, à l’invitation du Pr. François de Singly, j’ai donné une conférence à l’université Paris-Descartes sur le thème : « Le genre à l’épreuve de l’élection américaine ».

Ma présentation était composée de deux parties. La première portait sur la sociologie électorale du scrutin présidentiel du 8 novembre dernier. La seconde partie était consacrée au genre comme ressort politique des deux candidats, Trump et Clinton.

Sociologie électorale

La candidate démocrate l’emporte dans le vote populaire de plus de 2 million de voix, mais pas dans le collège électoral. Les États les plus incertains (les swing states) ont basculé à quelques milliers de voix près en faveur de Trump. On a été trompé par le vote anticipé (plus d’un tiers de votants, pour la première fois). L’électorat démocrate a été 5 fois plus nombreux à s’abstenir que l’électorat républicain. L’une des grandes leçons de cette élection, c’est donc l’abstention record depuis 2000 : 46%.

Comment les femmes ont-elles voté ? 54 % des femmes (qui ont voté) ont voté Clinton (42% pour Trump)

42 % des hommes ont voté Clinton. 53% des femmes blanches (caucasiennes) ont voté Trump, surtout chez les femmes mariées. La comparaison avec 2012 montre qu’il n’y a pas de réel changement chez les femmes. Chez les hommes, l’écart s’est accru : Barack Obama n’avait que 7 points de retard en 2012 (contre 12 pour Clinton), et il l’emportait même d’un point en 2008. Il faut relever aussi que les femmes n’ont pas voté en plus grand nombre que dans les élections précédentes (en 2016, elles représentent 52% des votants, soit un point de moins qu’en 2012).

En d’autres termes, le fait que Clinton soit une femme soit n’a pas joué en sa faveur, soit a joué en sa défaveur.

Dans cette élection, il faut croiser les paramètres de genre, de « race » et de religion. Je renvoie pour cela à l’article qu’Eric Fassin a posté sur son blog.

Le genre comme ressort politique

Clinton et Trump sont intéressants chacun de leur côté. La philosophe américaine Nancy Fraser s’était exprimée pendant la campagne pour dire que Clinton n’incarnait qu’un féminisme de classe. Fraser, qui s’intéresse aux croisement entre redistribution et reconnaissance (perspective hégélienne et marxiste à la fois), estime que Clinton incarne le féminisme libéral, celui des femmes des classes moyennes et supérieures, qui demandent plus de liberté que celle qu’elles ont déjà conquise il y a au moins une génération, et ne représente ni les femmes des minorités noires et latinas. Elle s’adresse don’t aux femmes diplômées du supérieur, qui montent dans la hiérarchie professionnelle, pas aux femmes mal payees de la classe populaire. Fraser lui reproche aussi d’être un faucon, d’être liée aux milieux d’affaires et d’incarner l’establishment., souvent issues des minorities latino et noire. Pour elle, “the kind of feminism that Sanders represents has a better chance of being a feminism for all women, for poor women, for black women, for working-class women and so on, and that is closer to my kind of feminism”. Certes mais Sanders était très gender blind et color blind.

De son côté, Trump a été beaucoup commenté pour ses « petites phrases » sur les femmes. « L’homme blanc en colère » existe-t-il ? Oui, je crois qu’il existe. Mais je ne crois pas que les phrases de Trump soient uniquement de la provocation. Je pense que cette rhétorique faisait partie de sa stratégie : la promesse d’un retour à une Amérique blanche, patriarcale, fermée sur elle-même, et donc mythifiée. Le sexisme et le racisme de Donald Trump n’ont certes pas mobilisé contre lui les femmes et les Hispaniques ; en revanche, ils ont réussi à mobiliser une version sexiste et raciste de l’identité masculine blanche. « En lui conférant une légitimité, le futur président la fait exister politiquement » (Fassin).

Depuis des années, Donald Trump multiplie les remarques misogynes. Les exemples sont innombrables. Je revoie ici à mon papier sur mon blog dans Libération. Le storytelling de Trump dans cette élection, celui de l’identité, renvoie tout à la fois à la disparition de l’Amérique blanche et à la fragilisation de l’Amérique patriarcale, qui vont de pair.

Unknown

Participation à la conférence « L’institutionnalisation de la relation Etat-société civile », ESCP Europe et ATUGE

30 mai 2015 admin 0

Le 30 mai 2015, je participais, à l’invitation de l’Association des Tunisiens des Grandes Écoles (ATUGE), à une conférence intitulée « L’institutionnalisation de la relation entre l’État et la société civile » et organisée à l’École Supérieure de Commerce de Paris (ESCP Europe).
Les autres invités étaient Amira Yahyaoui, fondatrice et présidente de ONG Bawsala, Sihem Ben Sedrine, présidente de l’instance Vérité et Dignité, et Hédi Larbi, ancien ministre de l’Equipement, de l’Aménagement du territoire et du Développement durable de Tunisie.

La conférence était animée par Béligh Nabli, directeur de recherche à l’IRIS.

J’ai expliqué que la France avait (ou avait eu) une image un peu idéalisée de la société civile tunisienne, d’une part, en raison du printemps arabe : cette dernière a alors été vue comme exemplaire – jeune, dynamique, volontaire, porteuse d’une envie de renouveau et d’émancipation. D’autre part, la manifestation à Tunis fin mars, après l’attentat contre le musée Bardo, a occasionné une union de circonstance entre la société civile et l’État qui a marqué les esprits : le « Je suis Bardo » tunisien ressemblait alors beaucoup au « Je suis Charlie » français.

Bien sûr, la réalité est plus complexe.

Par ailleurs, j’ai souhaité insister sur le fait que, derrière cette représentation idéalisée, les deux pays ont plusieurs points communs au regard des liens entre l’État et la société civile.

Certes, 2014 a été le théâtre d’élections libres, pluralistes et transparentes en Tunisie, pour la première fois depuis la Révolution (ayant abouti à la chute de Ben Ali). Néanmoins, la forte abstention, surtout de la part de la jeunesse et des classes populaires témoigne d’une méfiance vis-à-vis de ce processus démocratique qui ne change pas la vie quotidienne des gens. De plus, les avancées démocratiques en matière de libertés politiques et de droits de l’Homme n’ont pas, en Tunisie, été suivies par une amélioration de la situation économique et sociale du pays. En découlent des frustrations car la population qui ne voit pas son sort s’améliorer. La crise de confiance réciproque entre les élites et le peuple est un premier point commun avec la France. Le désenchantement est particulièrement aigu dans la jeunesse tunisienne, véritable force motrice de la révolution.

Par ailleurs, la population tunisienne (associations, entreprises, individus) a envie de participer à la vie politique et sociale : elle exprime un fort besoin de démocratie participative, d’horizontalité. C’est un deuxième point commun avec la France, qui pâtit d’une cécité face aux nouvelles formes de mobilisation, d’une vision très old school de sa politique et de sa gouvernance. Dans les deux pays, il n’existe pas, ou peu, de procédures de concertation de la société civile. Or la Révolution tunisienne a permis la création de milliers d’associations qui ont joué un rôle important dans l’élaboration de la nouvelle Constitution, par exemple.

En France comme en Tunisie, la richesse de la société civile est grande, en particulier grâce à une jeunesse souvent innovante, diplômée, ultra connectée et ouverte sur le monde (en France, la jeunesse de banlieue est la France de demain mais on la voit comme une menace). Bien sûr, d’autres pans de la jeunesse sont tentés par le repli sur soi. Mais la société civile est un contre-pouvoir salutaire : en Tunisie, elle veille au respect de certains principes dans les nouveaux textes, comme l’égalité hommes-femmes aux dépens de leur « complémentarité » (naturelle), par exemple.

Il est donc important de faire de la société civile un acteur du processus de transition démocratique en Tunisie, et du progrès social et économique en Tunisie et en France. Pour ce faire, la formalisation des processus de démocratie participative est indispensable, par la création d’instances spécifiques, de dispositifs transparents, et par la formation des citoyens à prendre part aux débats (« empowerment ») pour éviter le problème des « citoyens professionnels » qui confisquent la parole. La société civile a une expertise, une opérationnalité spécifiques, dont il faut faire une richesse collective.

Enfin, j’ai rappelé que, si l’institutionnalisation des liens entre l’État et la société civile ne doit pas, en démocratie, être trop forte pour éviter de limiter les libertés (une institutionnalisation totale serait synonyme de dictature), l’absence ou la faiblesse de l’institutionnalisation revient à la loi du plus fort, qui est souvent le plus riche, comme aux États-Unis où le poids de contre-pouvoirs comme les lobbies est sans doute trop grand.

Lors de cette conférence, la société civile était pensée comme différente de l’État : comment éviter que cette différence ne devienne un antagonisme, comme l’a décrit la philosophie marxiste, afin qu’elle soit la condition d’une complémentarité ? Une réflexion, passionnante, à prolonger.