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INTERVIEW. L’audition de James Comey, pour « 20 Minutes »

18 juin 2017 admin 0

Interview réalisée par Anissa Boumediene pour « 20 Minutes », le 10 juin 2017.

Audition de James Comey: «Tant que Donald Trump est soutenu par sa base, il échappera à la destitution»

Le spectre d’une accusation d’entrave à la justice et d’une procédure de destitution plane au-dessus de la tête du président Trump…

L’ex-patron du FBI, limogé il y a quelques semaines par Donald Trump, accuse le président américain de lui avoir demandé d’enterrer l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine
S’ils étaient prouvés, ces faits pourraient constituer un délit d’entrave à la justice
Dans ce cas, une procédure de destitution pourrait être déclenchée à l’encontre du président américain
Il est mal. Quelques semaines après avoir limogé sans ménagement (et sans raison) le patron du FBI James Comey, Donald Trump se retrouve aujourd’hui dans une mauvaise posture. Auditionné par la commission du Renseignement du Sénat, James Comey a détaillé les pressions exercées par le président américain pour influer sur la conduite de l’enquête sur la Russie. Dans ces écrits, Comey, qui y a retranscrit tous ses échanges avec le président, décrit sa gêne face aux requêtes « dérangeantes » du président, qui lui aurait dit « espérer » qu’il « abandonne » l’enquête sur un proche, l’ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, soupçonné de mensonges relatifs à ses discussions avec l’ambassadeur russe. Trump a beau accuser Comey de mentir et d’avoir fait fuiter ses écrits, l’ex-patron du FBI reste droit dans ses bottes et le spectre d’une accusation d’entrave à la justice et d’une procédure de destitution plane au-dessus de la tête du président Trump.

Pour l’heure, aucune preuve matérielle confirmant les déclarations de James Comey n’a été dévoilée. Si un enregistrement des conversations relatées existait, Trump pourrait-il être mis en cause pour entrave à la justice ?

Absolument ! Si Trump a demandé à James Comey de mettre un terme à l’enquête du FBI sur les liens de l’ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn avec la Russie, cela constitue uneobstruction à la justice. Entraver une enquête du FBI revient à entraver la justice, puisque c’est une remise en cause de la séparation des pouvoirs. Et pour Comey, c’est parce qu’il a refusé de s’exécuter que Trump a fini par le limoger. Tous les éléments constitutifs du délit d’entrave à la justice sont réunis. Pour l’heure il manque la preuve qui confirmerait les dires de James Comey, mais il se pourrait qu’il y ait des enregistrements de ces conversations entre les deux hommes.

Une procédure de destitution pend-elle aujourd’hui au nez de Donald Trump ?

Or, la procédure d’impeachment est une décision politique votée par le Congrès, composé à majorité de Républicains. Or, c’est précisément le Congrès qui a le pouvoir de déclencher une procédure de destitution, s’il estime que le président s’est rendu coupable de « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs ». Pour l’heure, Donald Trump est à un point de patinage, il est en équilibre : les élus au Congrès issus de sa famille font bloc derrière lui parce qu’il bénéficie du soutien de sa base électorale, qui continue à lui faire confiance. C’est pour cela que les élus républicains du Congrès assurent les arrières de Trump. Et aussi parce qu’ils ont besoin de lui pour passer un certain nombre de réformes, en particulier sur le budget fédéral.

Tant que Trump conserve le soutien de sa base, il est sauvé et échappera à la destitution. C’est précisément pour cette raison qu’il continue de faire ses déclarations chocs, qui plaisent à ses électeurs, appuyant sa ligne de défense sur la théorie du complot qui trouve un écho auprès de sa base électorale. Mais si sa base le lâche et que l’opinion réprouve la conduite du président, dans le dossier russe notamment, les élus républicains ne tarderont pas à le lâcher à leur tour. Pour l’instant, il est en mauvaise posture mais pas encore véritablement en danger.

Et si la justice avait la preuve que Donald Trump a tenté d’étouffer l’affaire de l’ingérence russe dans la campagne américaine, cela changerait-il la donne ?

Il y a aujourd’hui contre Donald Trump un faisceau de présomptions très fort qui pèse sur lui. Cette affaire est potentiellement plus grave encore que celle du Watergate, à condition que les faits soient prouvés, ce qui pourrait ne jamais arriver. Mais il ne faut pas oublier que Nixon est tombé pour des faits similaires, et si la justice venait à mettre la main sur des preuves matérielles qui corroborent les déclarations de James Comey, la pression médiatique et celle mise par les Démocrates seraient telles, que les Républicains du Congrès auraient du mal à bloquer une procédure d’impeachment.

Sans compter si Donald Trump s’en tire sur le volet Comey du dossier russe, il pourrait par ailleurs être rattrapé par la justice s’il était prouvé qu’en plus d’avoir tenté d’étouffer l’affaire, il était dès le départ au courant de l’ingérence russe dans la campagne de la présidentielle américaine.

Sinon, la piste de l’article 4 du 25e amendement, qui permet d’écarter le président du pouvoir au bénéfice de son vice-président, pourrait-elle être envisagée ?

Cette disposition prévue dans la Constitution américaine constitue un autre moyen d’écarter le président du pouvoir et a été évoquée il y a quelques semaines par un éditorialiste du New York Times à propos de Donald Trump. Ce texte prévoit un remplacement du président par son vice-président, dans le cas où le chef de l’Etat serait « incapable de s’acquitter des pouvoirs et fonctions de son bureau ».

C’est le vice-président en personne qui doit faire cette demande, avec une majorité du cabinet présidentiel, et approbation aux deux tiers par le Congrès. Si une telle mesure n’est pas à l’ordre du jour aujourd’hui, il est évident que les Républicains doivent la garder dans un coin de leur tête. Trump n’a plus aucune crédibilité, que ce soit sur la scène internationale ou dans toutes les branches du pouvoir à Washington : il cause aux élus républicains un tort considérable, qu’ils pourraient lui faire payer un jour en l’éjectant du bureau ovale.

(Photo : Andrew Harrer/NEWSCOM/SIPA)

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INTERVIEW. L’affaire Comey aux Etats-Unis, pour LExpress.fr

18 juin 2017 admin 0

Interview accordée à Paul Véronique pour LExpress.fr, le 9/06/17

Affaire Comey: pourquoi l’électorat républicain est-il si soudé derrière Trump?

Malgré les polémiques, ou l’affaire James Comey, Donald Trump reste plébiscité par les électeurs républicains. Un soutien indéfectible qui fait office de bouclier.

La tempête ne faiblit pas. Autour de Donald Trump, les polémiques pleuvent, mais semblent ruisseler sur son électorat, qui loin de laisser son poulain se noyer, continue de lui apporter un soutien plein et entier. Même l’affaire James Comey, apparue comme une lame de fond pour la Maison-Blanche, ne semble pas en mesure de faire vaciller ses partisans.

Ce jeudi, l’ancien patron du FBI, limogé en mai par Donald Trump a confirmé devant la commission du Renseignement du Sénat avoir l’impression que Trump lui avait demandé de laisser tomber l’enquête sur Michael Flynn, son ex-conseiller. Mais James Comey a aussi affirmé qu’il n’y avait aucune enquête contre le président, dans l’affaire des liens russes. Un bon point pour le président.

D’après le dernier sondage de l’institut Gallup, seulement 38% des Américains soutiennent le travail de Donald Trump. Du côté des électeurs républicains, ce taux grimpe à 82%. Une mesure assez stable au vu du contexte explosif qui entoure le président américain. Loin d’être anecdotique, ce soutien indéfectible constitue pour lui, le meilleur bouclier contre les appels, de plus en plus nombreux, à sa destitution.

Une communauté de fans

« Pour comprendre la solidité de sa base électorale, je pense qu’il faut retourner à la campagne elle-même », analyse pour L’Express Jean-Éric Branaa, chercheur spécialiste de la politique américaine, et auteur du livre Les États-Désunis, à paraître en septembre. Selon lui, lorsqu’il briguait la présidence, le milliardaire aurait commencé à créer un lien particulier entre lui et ses supporters.

« En s’appuyant principalement sur Facebook et Twitter, il a développé une réelle interaction avec ses futurs électeurs. Pendant qu’Hillary Clinton délivrait de l’information de manière traditionnelle, notamment via la presse, lui s’est fabriqué des fans », poursuit Jean-Éric Branaa. De telle sorte que le jour du vote, le magnat de l’immobilier rassemblait 13 millions d’abonnés sur Twitter et près de 12 millions sur Facebook.

Une communauté de supporters, unie derrière son leader lors de grands rassemblements. « Pendant la campagne, ses meetingsressemblaient à des concerts, il y parlait assez peu de politique, mais il improvisait et répondait à n’importe quel mot venant de la salle. Il y avait de l’électricité dans l’air », continue le spécialiste des États-Unis. « En fin de campagne, ses meetings pouvaient rassembler 30 000 à 35 000 personnes », ajoute-t-il.

Une communication directe qui a fini par créer une dynamique puissante du côté de Donald Trump. Au point de développer une forme d’identification chez ses supporters: « les électeurs qui se sentaient rejetés par l’ensemble de l’establishment ont adhéré à ce candidat hors système. Plus les médias critiquaient Donald Trump, plus ces gens-là, qui se sentaient rejetés dans leur vie de tous les jours, se sont identifiés à lui. » Jusqu’à le défendre quoi qu’il dise, ou qu’il fasse.

Les gages donnés aux Républicains

Depuis son élection, Donald Trump prend soin de ce lien qu’il a construit avec ses supporters. En témoignent ses hommages appuyés aux États du centre du pays, qui ont massivement voté pour lui. « Il donne beaucoup de gages aux électeurs républicains avec un programme très conservateur », explique de son côté Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis et chercheuse à l’Iris. Pour elle, même s’il ne parvient pas à mettre en place certaines mesures comme le « Muslim Ban », retoqué par la justice américaine, la communication très virulente du président sur ces sujets « va dans le sens des intérêts républicains ».

« L’électeur républicain moyen est très sensible au discours de fermeté, presque autoritaire, de Donald Trump. Il n’a pas conscience de l’impact que cela peut avoir au niveau international par exemple », développe la chercheuse. « Sortir de l’Accord de Paris sur le climat est quelque chose qui a plu à son électorat de base, et c’est aussi pour cela qu’il l’a fait », ajoute-t-elle.

Un soutien acquis de la part des électeurs, qui serait plus fragile en revanche chez les élus du Grand Old Party. « Donald Trump n’est pas quelqu’un de très crédible à Washington, mais les élus républicains ont besoin de ce président pour faire passer leurs réformes », détaille Marie Cécile Naves. En clair, une stratégie politique et un soutien de circonstance, plus qu’une réelle adhésion à la ligne du président. Mais la chercheuse prévient: « Si les élus du Congrès voient que la popularité de Donald Trump s’érode auprès de son socle électoral, ils risquent de lâcher. Précisément parce qu’il y a des élections de mi-mandat en 2018. »

Les effets incertains de l’affaire James Comey

Alors que James Comey s’est présenté ce jeudi devant la commission de renseignement du Sénat, et a confirmé l’attitude ambiguë de Donald Trump, lors de l’enquête visant Michael Flynn, les effets sur l’électorat républicain de cette affaire, restent incertains. Devant les sénateurs, l’ancien patron du FBI a ainsi expliqué que par son attitude, Donald Trump avait semblé lui demander « sa loyauté » et son « allégeance ».

« Si on regarde cette situation à travers les yeux d’un opposant à Donald Trump, alors le président est un menteur corrompu dont il faut se débarrasser. En revanche si l’on se place du côté d’un partisan du président, alors cette affaire est la preuve que le système cherche à le faire tomber par tous les moyens, quitte à confisquer le vote de tous ceux qui ont voté pour lui », résume Jean-Éric Branaa.

L’affaire Comey cristallise, pour lui, les tensions d’une société américaine fracturée, qui ne se comprend plus. Et à court terme, les électeurs républicains ne devraient pas se retourner contre leur leader. Un point de vue que rejoint Marie-Cécile Naves. Selon elle, c’est auprès des élus du GOP que l’impact pourrait être le plus fort. Mais à moyen terme, cela pourrait finir par « éroder la popularité de Donald Trump ».

(Photo : afp.com/Brendan Smialowski)

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Intervention en plateau de France Info sur Trump et le climat, le 1/06/17

18 juin 2017 admin 0

Le 1er juin 2017, j’étais invitée sur le plateau de France Info pour commenter la décision du Président Trump de sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat.

Sortie des États-Unis de l’Accord sur le climat : « Les gens comme Trump vivent en 1950 »

Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi son intention de faire sortir les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Pour Marie-Cécile Naves, sociologue chercheuse à l’IRIS, Donald Trump prend cette décision pour des raisons de stratégie de politique intérieure.

Peut-on dire que Donald Trump était dans une posture de l’Amérique contre le reste du monde ?

Marie-Cécile Naves : Oui, il s’est fait élire sur une posture, une idéologie « seul contre tous ». Là, il revient d’un long voyage qui ne s’est pas très bien passé en Europe pour lui, comme on pouvait s’y attendre. Donc il veut revenir à cette idée « je suis seul contre tous, il y a un complot contre moi, je vais faire absolument de l’anti-Obama ». On s’y attendait, on avait des signaux importants avec la remise en cause du Clean Power Plan de 2015 d’Obama, avec la relance de la construction de l’oléoduc, avec la baisse dans le budget fédéral de l’aide au développement international.

Pour moi, c’est une politique très autoritariste, très viriliste, « je tape du poing sur la table » en raisonnant à court terme.

Les gens comme Trump vivent en 1950, ils ne comprennent pas le monde dans lequel on est aujourd’hui, ils ne voient pas les enjeux à long terme, y compris économiques. Le monde économique, le monde bancaire, a très bien compris les enjeux en terme économique et financier sur le long terme sur l’emploi.

Donald Trump s’est-il adressé d’abord aux gens qui lui avaient permis de gagner les élections ?

Il a envoyé des messages aux habitants de la Pennsylvanie, du Michigan, qui ont effectivement fait basculer l’élection en sa faveur. Mais plus que jamais, l’Amérique est profondément divisée. Non seulement entre les électeurs de Donald Trump et ceux qui n’ont pas voté pour lui, mais il va avoir aussi contre lui une très grande partie du monde économique, probablement plusieurs États fédérés (New-York, Californie), qui ont dit qu’ils allaient continuer à s’engager en faveur du climat.

Il est à la tête d’un pays qui va être profondément clivé, avec une forte opposition contre lui, et un isolement croissant sur la scène internationale.

A-t-on assisté à la rupture la plus forte et la plus symbolique par rapport à la présidence Obama ?

Oui, sans doute jusqu’ici, mais ça ne fait que cinq mois qu’il est au pouvoir. Et c’est très volontaire de sa part. Pendant les huit années de son mandat, Obama a été qualifié par l’opposition républicaine de président faible, qui négocie trop, qui ne met pas assez en avant les intérêts de l’Amérique, et qui n’est pas assez autoritaire. Trump s’inscrit en porte-à-faux par rapport à ça. Peu importe l’intérêt général des États-Unis, et d’ailleurs lui-même n’a pas forcément de convictions climato-sceptiques. Il est confronté au changement climatique avec ses propriétés notamment en Floride avec la montée des eaux, il le sait très bien. Mais il prend cette décision pour des raisons de stratégie de politique intérieure, pour se mettre dans la poche les ultraconservateurs à très court terme, et une partie de l’électorat dans l’industrie du charbon.

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INTERVIEW. « #Covfefe, démission du dircom… Quelle communication à la Maison blanche ? », pour « 20 Minutes »

10 juin 2017 admin 0

Interview pour « 20 Minutes », publiée le 31/05/17.

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« Covfefe », sept lettres comme une métaphore de la présidence ubuesque de Donald Trump. Le Web s’emballe depuis ce mercredi matin après un tweet du président du pays le plus puissant au monde : « Despite the constant negative press covfefe » pouvait-on lire sur son compte Twitter officiel. Cette erreur de frappe, (« covfefe » au lieu de « coverage » -couverture- fort probablement), non corrigée pendant plusieurs heures, illustre à elle seule le fait qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion de la communication présidentielle.

Le directeur de la communication Mike Dubke vient d’ailleurs de démissionner de son poste après seulement trois mois.

« Il n’arrêtera pas de tweeter »

« En ce moment c’est la panique à la Maison Blanche, une sorte d’ambiance de bunker dans l’aile l’ouest », décrypte Marie-Cécile Naves, auteur de Trump, l’onde de choc populiste, spécialiste des États-Unis. « Trump ne fait pas confiance, personne n’arrive à le canaliser et il y a une conjoncture très défavorable avec toutes les affaires qui s’accumulent. » La communication du locataire du 1600 Pennsylvania Ave a fait face à une succession de ratés depuis sa prise de fonction : nombreuses fake news propagées sur son compte Twitter comme « la plus grande foule jamais vue » à son investiture, incidents diplomatiques à répétition, accusations d’espionnage infondées, décret migratoire bloqué, emploi de sa fille à la Maison Blanche ou encore échec de sa réforme de l’Obamacare.

Pour la spécialiste, c’est avant tout la personnalité de Donald Trump qui pose problème : « On a affaire à quelqu’un d’autoritaire, qui a un souci avec le fonctionnement démocratique. Il veut tout contrôler et ne supporte absolument pas la critique. Et comme il change souvent d’opinion, il met ses équipes en porte-à-faux en permanence. S’occuper de la communication d’un président comme Donald Trump, c’est le job impossible. » Ce que ne devrait pas tarder à tirer comme conclusion Sean Spicer, le porte-parole de la Maison Blanche, fidèle de Donald Trump mais qui lui reproche de s’être mis en difficulté vis-à-vis de la presse.

Ereinté par son rôle de pare-feu et ses propres bourdes, il se fait étriller par la presse américaine et est régulièrement moqué par l’excellente Melissa McCarthy du Saturday Night Live. Mais, mis sous pression comme jamais, « Trump n’arrêtera pas de tweeter pour autant », croit savoir Marie-Cécile Naves.

Donald Trump ne fait confiance qu’aux membres de sa famille

Depuis son retour de tournée à l’étranger, le président des Etats-Unis a pourtant affiché la volonté de cadenasser sa communication. Une réorganisation totale de ses équipes de com’ est en cours. Plusieurs scénarios sont envisageables : « Soit il se recentre sur un cercle de fidèles, sur les seules personnes dans lesquelles il a confiance comme les membres de sa famille, entouré d’avocats. Il y a l’hypothèse de s’entourer de spécialistes des médias. Mais plutôt de la droite de la droite américaine type Breitbart News. Enfin il peut aussi choisir de ramener la communication présidentielle à son strict minimum. »

Une rupture avec la tradition américaine qui ne serait pas la première du magnat de l’immobilier. Il avait boycotté en février dernier le dîner des correspondants de la Maison Blanche, du jamais vu pour raisons politiques en près d’un siècle.

Entrave d’une enquête du FBI, divulgation d’informations sensibles à la Russie : les accusations portées à l’encontre du président sont graves. Et l’étau se resserre pour son gendre Jared Kushner qui est désormais la cible prioritaire du FBI. Jusqu’à commencer à inquiéter sérieusement les parlementaires républicains qui ont maintenant en ligne de mire les élections de mi-mandat dans un an et demi. « Plutôt qu’une procédure d’impeachment, Donald Trump pourrait ainsi être poussé à la démission car les enquêtes d’opinion sont très mauvaises. Et il n’arrive pour l’instant pas à faire passer ses réformes », indique Marie-Cécile Naves.

Comme le résumait Robin Wright, qui joue la Première dame dans la série House of Cards, « Donald Trump nous a volé toutes nos idées ». Elle ajoutait : « Un président machiavélique est prêt à tout pour rester au pouvoir »…

Crédit photo : Evan Vucci/AP/SIPA

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ENTRETIEN. « Ce que cache la rhétorique enfantine du Président Trump », pour « Challenges »

10 juin 2017 admin 0

Entretien publié le 30/05/17 sur le site de « Challenges »

« Losers », « so amazing », « evil »… Donald Trump s’est illustré ces derniers jours par un langage maladroit, souvent inapproprié aux situations et qui fait bien souvent penser à ses sentences sur Twitter. En visite en Israël au mémorial de la Shoah de Yad Vashem, il a écrit un mot dans le livre d’or qui a fait le tour des réseaux sociaux:  » C’est un grand honneur d’être ici avec tous mes amis. Tellement incroyable – je n’oublierai jamais!  »
Après l’attentat de Manchester, le président américain a d’autre part affirmé son soutien et sa solidarité au peuple britannique de la sorte:  » tant de beaux jeunes gens innocents, profitant de leur vie, assassinés par de méchants losers « , a-t-il déclaré. Cette phrase est notamment emblématique du discours de Trump: l’affirmation d’une dichotomie nette entre eux et nous, le bien et le mal, la beauté des innocents face à l’aspect maléfique de ceux qu’il qualifie de  » losers « . Au sein de ce discours de condoléances suites aux attentats de Manchester, le terme  » losers  » revient d’ailleurs à quatre reprises en une minute. Simplifiée à l’extrême, la rhétorique de Trump semble tout sauf classique au sein d’une arène politique qui paraît privilégier les discours policés et complexes. Marie-Cécile Naves, sociologue, politologue, chercheuse à l’IRIS et auteur du livre Trump. L’onde de choc populiste, éclaircit le sens et la portée de cette rhétorique spécifique.

Quelles sont les principales caractéristiques de la rhétorique du président américain ?

La communication de Trump est à l’image de sa vision du monde, binaire. Le vrai s’oppose au faux (lui-même ayant sa propre interprétation de la vérité), les bons aux méchants, les amis aux ennemis, les gagnants aux perdants. Cette vision très simple n’exclut pas le fait que la rhétorique du président américain soit contrôlée et partie intégrante d’une stratégie de communication populiste. Certains le qualifient d' » enfant  » pour signifier son immaturité dans le job ; en tout cas, le milliardaire s’est plaint régulièrement depuis son élection de la difficulté du métier de président.

De plus, Trump a horreur de la complexité, dès que ça devient un jeu à plusieurs bandes, il donne l’impression de décrocher. Est-ce que la technicité de certains dossiers l’ennuie? Est-ce qu’il ne les comprend pas? Sans doute un peu de tout cela. Il a, de plus, gardé son fonctionnement d’homme d’affaires. Dans son monde ce sont les  » winners  » et les  » losers « , on fait des  » deals « . Mais ce raisonnement ne peut pas s’appliquer à la politique, notamment la politique étrangère.

Par ailleurs, la communication de Trump est incantatoire. Par les mots et souvent seulement par eux, le milliardaire pense agir sur le réel. Cette stratégie a très bien fonctionné en campagne, cependant elle ne peut pas avoir le même succès sur le long terme. Lors de sa visite récente en Israël, Trump a affirmé vouloir conclure un  » ultimate deal  » (accord ultime) pour résoudre le conflit israélo-palestinien, mais sans proposer de mesures concrètes pour autant. C’est un exemple typique.

Enfin, Trump a adopté une rhétorique qu’on pourrait qualifier d’énergique, voire d’insultante. Ses discours et ses tweets sont ponctués de nombreux points d’exclamation, d’anaphores, de majuscules, comme s’il s’exprimait à l’oral et qu’il criait. On retrouve une communication similaire chez Berlusconi, Sarkozy et Marine Le Pen. Le champ lexical est restreint et demeure toujours le même tandis que sont matraquées des phrases présentées comme des vérités, mais qu’on ne peut démontrer. Chez Trump il y a également une posture viriliste, par opposition à un Obama qualifié de  » faible  » par les Républicains pendants 8 ans.

Trump cherche-t-il à émouvoir ou à convaincre ?

A persuader par l’émotion, pas à convaincre. Tout le ressort des  » fake news  » (informations mystifiées ou imitées) qu’il utilise, s’appuie sur le ressenti des choses, ce qui n’est pas rationnel, fait appel à des croyances personnelles, à l’émotion, à l’intuition aussi, ce qu’on peut appeler le  » bon sens populaire  » auquel il faudrait autant, voire davantage faire confiance qu’à l’information présentée dans la grande presse nationale.

A l’issue des trois débats contre Hillary Clinton, tous les observateurs ont dit que celle-ci avait gagné car elle prenait en compte la complexité du réel et la technicité des dossiers, alors que lui revenait toujours aux mêmes choses – la Chine, la grandeur perdue de l’Amérique, la désindustrialisation, le politiquement correct, etc. Mais, convaincre ne suffit pas aujourd’hui, il y a d’autres choses qui entrent en ligne de compte, ce qui fait que le  » fact checking  » (vérification des informations) ne suffit plus. C’est l’un des grands enseignements de cette campagne.

Au sein de l’électorat de Trump, certains se sont rendu compte que leur candidat avançait de fausses informations et que c’était du spectacle, du théâtre. Mais ils ne lui en tiennent pas rigueur. Les gens qui ont voté pour lui le soutiennent et ne s’attardent pas sur ses mensonges, l’exagération dont il fait preuve et ses propos outranciers, au mieux, parce qu’ils voient d’autres qualités chez lui, ou adhèrent à ses propos sexistes, racistes et démagogiques, au pire.

Sa rhétorique est-elle susceptible de causer des problèmes diplomatiques et/ou politiques dans le futur ?

Trump simplifie sa rhétorique comme tout populiste afin de se positionner comme proche du peuple, comme pouvant se mettre à son niveau, développant par là sa stratégie anti-establishment. Cependant, cette rhétorique pose déjà des problèmes sur le plan international.

A l’issue du G7, Merkel a appelé l’Europe à se prendre en mains en affirmant qu’il serait désormais de plus en plus difficile de compter sur les Etats-Unis. Le discours caricatural et égoïste du milliardaire sur des sujets tels que le terrorisme, le climat, le protectionnisme ou l’immigration a fragilisé un peu plus la crédibilité de Trump à l’international.

Au niveau national, le parti républicain – sous l’étiquette duquel il est devenu président – se montre de plus en plus circonspect quant à sa personnalité jusqu’au-boutiste et sa méconnaissance des dossiers. Trump inquiète sur plusieurs thèmes dont la santé, la fiscalité, la dette fédérale, entre autres.

Dans son pays, Trump est très impopulaire, ce n’est donc pas uniquement grâce à sa communication qu’il a gagné. Le phénomène Trump n’est qu’un exemple des tentations populistes qui existent dans de nombreux pays occidentaux.

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INTERVIEW. « Comment Trump est-il vu en France ? », pour le « Los Angeles Times »

27 mai 2017 admin 0

J’ai accordé une interview au « Los Angeles Times », qui consacrait un article à l’image que les Européens ont de Donald Trump. L’article, d’Erik Kirschbaum et Laura King, a été publié le 23 mai 2017.

From a friendly Mideast, Trump arrives in a skeptical Europe

President Trump and his wife Melania arrive in Rome

From the hushed halls of government to cobblestoned streets and plazas across the Continent, Europeans are greeting Donald Trump’s first visit with considerable skepticism, no small degree of apprehension — and even overt hostility.

The president’s inaugural overseas trip, which began Friday in Saudi Arabia, has so far been dominated by friendly encounters with Mideast leaders, who feted and praised Trump as a canny deal-maker and wise statesman. At a sideline meeting in Riyadh, the Saudi capital, the U.S. leader voiced enthusiastic agreement when Egypt’s president called him “a unique personality … capable of doing the impossible.”

But in Europe, the reception is likely to be quite different.

Protesters were set to march in Brussels, encouraged by organizers to wear pink cat-ear hats. A respected German newsweekly said America under Trump was a “laughingstock,” and called for his removal from office. A French author mused that “we just don’t take him seriously.” And in Rome, where Trump landed Tuesday, some saw echoes of Italy’s own flamboyant ex-prime minister, Silvio Berlusconi.

For whoever occupies the White House, policy differences with Europe — sometimes vehement ones — are nothing new. But Trump’s first visit as president prompted a wave of trepidation not only over issues ranging from climate change to women’s roles in society, but also his impulsive mode of governance and mercurial temperament.

Trump has held face-to-face talks already with several European leaders in Washington, including German Chancellor Angela Merkel, British Prime Minister Theresa May andItalian Prime Minister Paolo Gentiloni. Even so, there was palpable anxiety in advance of his scheduled arrival on Wednesday in Brussels, the Belgian capital and seat of institutions like the European Union and NATO.

“In Brussels, people seem to be walking on eggshells, hoping nothing controversial will happen during the visit,” said Marietje Schaake, a Dutch member of the European Parliament. “This is not how the first visit of the president of Europe’s most important partner should feel.”

Trump has fans and political allies on this side of the Atlantic, of course. Europeans whose views tend to echo those of the president’s backers at home — those who mistrust the political establishment, or feel left behind by globalization, or hold hard-line views on immigration, for example — welcome this U.S. president as a breath of fresh air.

“I like him!” declared Marco Bouquet, a 56-year-old manager at a Rome tobacconist. “He makes decisions and doesn’t waste time.”

But recent European election results, as well as public opinion polling, suggest the U.S. president’s brand of nationalistic populism alienates large swaths of the European public.

He’s said a lot of totally outrageous things — I was surprised Americans elected him. But at least he seems to be learning a bit as he goes on.— Hartmut Meyer, a truck mechanic in Berlin

The scandals that Trump left behind in Washington scarcely intruded during five days in the Saudi capital of Riyadh, Jerusalem and the West Bank town of Bethlehem. Even in Israel, where intelligence professionals were furious over reports of Trump’s casual passing of classified information to visiting Foreign Minister Sergei Lavrov, the only one who brought up the matter publicly was Trump himself — telling his hosts that he hadn’t mentioned Israel.

In European capitals, though, the fast-moving developments on investigations into the Trump campaign’s possible collusion with Russia during last year’s election have been prime topics for discussion, with many wondering if his presidency can weather the storm.

“The man is his own worst enemy,” German public-television correspondent Ulf Roeller said in a commentary last week from the U.S. capital. “Many in Washington are asking how long this can go on.”

On his European swing, Trump will meet leaders with whom he is a study in contrasts, such as France’s newly elected President Emmanuel Macron, a 39-year-old who is known for his intellectual bent. The two are scheduled to lunch together on Thursday, when Trump will hold a day of talks with officials from NATO and the European Union, both of which he has disparaged in the past.

Even the devastating news out of Manchester, England, where a bombing at a pop concert on Monday night left 22 people dead, illustrated European leaders’ stark stylistic differences with Trump. While most of them offered up solemn condolences and expressions of solidarity to the British government and the victims, the U.S. president employed unusually informal language to deride those who stage terrorist attacks as “losers.”

Trump’s commerce secretary, Wilbur Ross, spoke approvingly in a CNBC interview of the lack of visible protests in Saudi Arabia — failing to note that any anti-Trump demonstrators would have faced harsh punishment, even if they could have gotten anywhere near the president.

But in Brussels, more than 70 organizations were planning to march Wednesday under the slogan “Trump Not Welcome” — hoping, organizers said, to send a message to Belgium’s homegrown right-wing politicians as well.

“Donald Trump has this extraordinary ability to unite a very large number of opponents against him,” Leila Lahssaini, a spokeswoman for the protest, told the Belgian broadcaster RTBF. Taking a page from women’s marches in Washington and elsewhere on the day after Trump was inaugurated, organizers encouraged marchers to wear pink knit hats with cat ears to evoke his famous boast about grabbing women by their genitals.

In Rome, Trump’s arrival triggered operatic complaints about a worsening of the Eternal City’s eternal traffic jams, but also sparked unease about the U.S. leader’s fitness to lead.

“He doesn’t seem to be very intelligent,” said Nache Ezeiza, a 30-year-old clerk in a store near Rome’s Trevi Fountain. She said Trump reminded her of Berlusconi, whose legal and political woes finally forced him from office.

Germany, mindful of its past as the aggressor in two world wars of the last century, seemed more worried than most of its European neighbors about far-right movements and figures being emboldened by Trump. German media reports have had a strong anti-Trump undercurrent, culminating with a demand this week from the editor in chief of Germany’s leading weekly news magazine, Der Spiegel, for the U.S. president’s ouster.

In a signed editorial, editor Klaus Brinkbaeumer called Trump “a liar, a racist and a cheat” who had made a “laughingstock” of the United States. He added: “He must be removed from the White House before things get even worse.”

Political scientists in Germany cited the country’s Nazi past as inspiring revulsion over any indication of tyrannical behavior in leaders at home or abroad.

“Germans have had their own historical experience, and grow up on the lookout for even the slightest signs of a dictator, because we have this ‘nie wieder’ idea — ‘That can never be allowed to happen again,’” said Thorsten Hasche, a political scientist at Goettingen University.

Many ordinary Germans expressed angst over Trump, but some said it was too soon to pass judgment. “He’s said a lot of totally outrageous things — I was surprised Americans elected him,” said Hartmut Meyer, a 56-year-old truck mechanic in Berlin. “But at least he seems to be learning a bit as he goes on.”

In neighboring France, media commentary about Trump’s presidency has generally been more restrained than in Germany, but outlets have followed in minute detail the succession of White House crises.

« The Trump presidency is in complete chaos, » Le Monde, considered the country’s most cerebral newspaper, declared in a May 17 editorial. « The controversies are accumulating…. Every day that passes brings a new ‘affaire.’”

French author Marie-Cecile Naves, who has written a book about populism and Trump, said France’s own repudiation of far-right presidential candidate Marine Le Pen in this month’s election may have settled nerves somewhat. And the French public may see Trump’s struggles with Congress and the U.S. courts as a check on more extreme policy measures.

“The more time passes, the less afraid we become,” she said. “In general, we just don’t take him seriously.”

Whatever their sentiments, European leaders can almost certainly be counted upon to follow norms of diplomatic behavior in dealing with a visiting American head of state, analysts said.

“There are general concerns that Donald Trump as an individual is simply not suitable for the job, but there is also a recognition that he was legitimately elected president of the U.S.,” said Nicholas Dungan, a senior research fellow at the French Institute for International and Strategic Affairs.

In official circles, he said, “that will be the attitude … nothing other than the proper respect that the president of the United States deserves.”

Unknown

Invitée en plateau de BFM TV sur la rencontre Macron-Trump, le 25/05/17

27 mai 2017 admin 0

Le 25 mai 2017, j’étais invitée sur le plateau de Thomas Misrachi, sur BFM TV, pour commenter la première rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump, à l’occasion de la réunion de l’OTAN à Bruxelles.

Quels sont les points communs, et surtout les différences entre les deux hommes ? Quels sont les principaux enjaux de cette rencontre (terrorisme, économie, climat, immigration, leadership, etc.) ?

Le Président Macron s’est dit plusieurs fois sur une ligne gaullo-mitterrandienne en politique étrangère, et non pas sur une ligne atlantiste. Cela signifie qu’il souhaite porter la voix de la France dans le monde et ne pas s’aligner a priori sur les positions des Etats-Unis.

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Invitée de « On va plus loin » sur Public Sénat, le 24/05/17

27 mai 2017 admin 0

Le 24 mai 2017, j’étais invitée dans l’émission « On va plus loin » sur Public Sénat », présentée par Sonia Mabrouk. Le sujet était le voyage de Donald Trump au Moyen-Orient et en Europe, à la veille de son arrivée à Bruxelles pour une réunion de l’OTAN et à l’avant-veille d’une réunion du G7 en Sicile.

Unknown

Intervention en plateau sur France Info TV sur Trump et Israël, le 22/05/17

27 mai 2017 admin 0

Le président des Etats-Unis Donald Trump affirme pouvoir relancer le processus de paix israélo-palestinien. La crédibilité de sa déclaration pose question alors que tous ces prédécesseurs ont échoué. Marie-Cécile Naves souligne « la communication incantatoire » de Donald Trump : « Je vais faire, je sais faire, je suis le plus fort, je vais rompre avec l’ère Obama », voilà ce que promet le président des Etats-Unis selon la politologue.

Un Trump bien silencieux

A propos des frontières et de la colonisation des territoires palestiniens, Donald Trump « ne dit rien ». Sur la construction de deux Etats, l’un palestinien, l’autre israélien, le président reste également silencieux. « Il va falloir à un moment donné, pour construire un processus de paix, être dans le concret et discuter », explique Marie-Cécile Naves.

Mais le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou « est très heureux d’avoir tourné la page Obama », un sentiment favorable pour négocier un processus de paix, selon la politologue.

Alors quels sont les leviers dont dispose Donald Trump pour établir la paix ? Une diplomatie américaine « extrêmement performante » mais Donald Trump ne « s’entoure pas des gens les plus compétents », affirme-t-elle. Autour du président américain son gendre « qui est lié à la communauté juive mais qui ne connaît rien à la diplomatie ».

Unknown

Interview pour France Info sur le voyage de Trump au Moyen-Orient, le 21/05/17

27 mai 2017 admin 0

Donald Trump à Riyad : « Un discours qui manquait de complexité, à l’image du personnage »

Marie-Cécile Naves est sociologue, chercheuse à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Invitée de franceinfo, elle a décrypté le discours de Donald Trump en Arabie Saoudite dimanche 21 mai. Elle a évoqué des propos parfois « réducteurs », un « discours qui manquait de complexité. »

Peut-on parler d’un changement de ton entre le Donald Trump candidat à la présidentielle et le Donald Trump président américain ?

Oui et non. C’était un discours qui était très attendu et qui voulait rompre avec le discours du Caire d’Obama en 2009. Obama a été qualifié pendant ses deux mandats par les Républicains de président qui s’excuse, qui s’incline face à l’islam, l’islamisme et le terrorisme. Ce que dit Trump, c’est qu’il faut que tous les États du Moyen-Orient se prennent en main pour lutter contre le terrorisme. Les États-Unis pourront être leur allié, mais il n’est pas question qu’ils comptent sur les États-Unis pour tout faire. Mais ce qui est intéressant, c’est que les États-Unis ne chercheront pas à imposer leur mode de vie aux États du Moyen-Orient, ce qui signifie entre les lignes que Washington donne un chèque en blanc à tous les régimes de la région, y compris les régimes autoritaires, pour lutter contre Daech, même si ça passe par des mesures de répression contre le peuple. Il dit ça notamment à l’Arabie Saoudite, qu’il décrit comme un pays formidable.

« Dans son discours, il félicite tous ces pays du Moyen-Orient pour les choses qu’ils ont déjà mises en place, mais il fait des gros amalgames entre les démocraties, les monarchies, les régimes autocratiques ».

Pour moi c’est un discours assez ethnocentré, assez essentialiste, et qui peut faire peur d’une certaine manière : du moment que la lutte contre Daech est engagée, du moment qu’on lui signe un certain nombre de contrats commerciaux, il est prêt à fermer les yeux sur un certain nombre de choses. Il est prêt à dire aussi, pour faire plaisir à l’Arabie Saoudite et à certains de ses alliés, que l’Iran est le responsable du terrorisme, que l’Iran est le grand méchant de la région.

Donald Trump a dit que l’Iran finance, arme, entraîne des terroristes. Il appelle les pays du monde à isoler l’Iran au plan international. Ces propos sont-ils dangereux ?

C’est assez réducteur, et très généralisant, comme si le terrorisme islamiste venait d’une seule source et était aussi simple à analyser. Il balaie d’un revers de main les causes, les ressorts, les conditions d’entrée dans le terrorisme, la complexité diplomatique et idéologique de Daech et d’autres groupes terroristes. Comme si l’Arabie Saoudite n’avait elle-même pas à se remettre en question, ainsi que d’autres pays de la région. C’est comme s’il y avait un nouvel axe du mal, du « Georges Bush réchauffé » même si ce n’est pas du tout néoconservateur comme propos. Les choses sont évidemment beaucoup plus complexes. Cette division assez simpliste vient des conseillers qui ont écrit le discours et qui avaient peur que Trump ne dévie trop du discours. Il n’a dévié qu’à un seul moment, il a reconfondu islamisme et islamique.

« C’était un discours qui manquait de complexité et qui est à l’image du personnage. « Le bien/le mal », « j’ai gagné/j’ai perdu » : une vision du monde assez binaire ».

Par rapport à l’Iran, c’est un signe de défiance de plus. Il y a deux raisons à cela. La première, c’est qu’il veut rompre avec la diplomatie d’Obama et il a besoin de marqueurs forts. La deuxième raison, c’est qu’il a tout intérêt à avoir des bonnes relations commerciales et économiques avec l’Arabie Saoudite. D’ailleurs, dans son discours, il dit à plusieurs moments que la solution à la paix, c’est d’une part la sécurité, mais aussi la prospérité, et ça passe par la signature de contrats. Donc c’est assez simple dans la tête de Donald Trump.

Donald Trump doit se rendre en Israël, dans les Territoires palestiniens, au Vatican. Ce sont des zones très sensibles, où la moindre erreur peut se transformer en brouille diplomatique. Donald Trump prend-il des risques ?

Oui, l’establishment de Washington tremblera jusqu’à ce qu’il rentre aux États-Unis. Le moindre dérapage peut être craint, s’il décide de sortir du cadre des discours et des éléments de langage prévus. Mais en même temps, Israël est très content d’avoir Trump comme interlocuteur parce que les relations avec Obama étaient exécrables. Les Israéliens voient Trump comme un allié, beaucoup plus manipulable peut-être. D’autres points dans ce discours font le lien avec ce que l’on dit : l’injonction de Trump à la tolérance religieuse, j’ai trouvé que ça ne manquait pas de sel, par rapport à tout ce qu’il a pu dire pendant sa campagne, comme quoi l’islam détestait l’Amérique, que l’islam n’était qu’un problème. Il a aussi exhorté les pays du Moyen-Orient à gérer eux-mêmes le problème des réfugiés, en disant l’Amérique d’abord, ça ne nous regarde pas. Tout ceci est assez logique.