Archives – Newsletter du 29 septembre 2026
Publié le 09 octobre 2026ÉDITO
Intimidations
Alors que beaucoup reprennent, tête baissée, le narratif de l’apocalypse sans voir qu’il émane des pompiers-pyromanes de l’IA eux-mêmes (qui ne pensent qu’à valoriser leur technologie, présentée comme meilleure que les autres, en attisant les peurs collectives), il importe de garder la tête froide et de continuer à travailler. Virginie Despentes à raison de dire que l’IA, qui nous pille et qui nous envahit dès qu’on ouvre Word, n’a pas à nous faire la morale sur notre manière d’écrire. Et Mathilde Saliou, dans sa dernière newsletter, rappelle très justement qu’en relayant les polémiques sans réfléchir, on détourne l’attention des véritables impacts, concrets, de cette technologie qui devient, très nettement, un outil de surveillance.
Tout est bon, par ailleurs (mais c’est lié), pour discréditer ce qui n’est pas d’extrême droite ou menace son projet (loin, très loin d’être inéluctable). Certains parlent même de dresser une liste des personnalités anti-RN. Les listes, funeste souvenir, incitent au harcèlement. L’insulte « wokiste » étant un peu passée de mode (preuve de sa vacuité), voici donc de nouvelles tentatives de disqualification de l’expertise et de la création. Dans le monde féministe, on les connaît bien : ils ne nous ont pas lu·e·s mais ont un avis sur nos livres et nos recherches, ils ne les aiment pas et nous disent de nous « calmer » (dans nos ambitions aussi). Parce qu’il est inenvisageable, pour eux, de partager : les étals de librairie, la parole publique, l’influence et le capital économique.
Donc continuons, et voici quelques tips.
Bonne lecture !
ACTUS DU GENRE
AUX ÉTATS-UNIS…
« We shall overcome ». Ce qu’on doit à Gloria Steinem
De nombreux hommages lui ont été rendus, à juste titre. Steinem, c’est le féminisme le plus inclusif possible et ce, dès les années 1960. C’est en grande partie grâce à elle que les portes se sont ouvertes entre les études de genre à l’université et les féminismes « de tous les jours », et que des ponts se sont construits avec l’anti-racisme. Ms Magazine, co-fondé avec Dorothy Pitman Hughes, a été précurseur à bien des titres et notamment dans l’engagement assumé du journalisme pour la défense des droits.
Dans ses mémoires, Ma vie sur la route, Gloria Steinem raconte son incroyable parcours et, surtout, ce que les femmes, partout, de toutes conditions, lui ont appris dans le combat contre le patriarcat. Steinem laisse un héritage à toutes les féministes et leurs alliés : ne jamais faire de sur-place, être nomade dans sa pensée comme dans sa vie, demeurer optimistes, solidaires et combatives.
Face à Trump, il est temps de sortir complètement de la relation d’emprise
Le président américain n’est pas le seul dirigeant masculiniste, mais il a poussé le modèle à son paroxysme : tel un partenaire violent dans un couple, il entend conquérir, contrôler, imposer, voire détruire, sur le plan intérieur comme extérieur. La France et l’Europe peuvent et doivent proposer une alternative géopolitique (…).
C’est ma dernière tribune dans L’Obs, parue le 10 septembre 2026, et elle est en accès libre sur mon site, ici.
… ET AILLEURS
ONU
L’Assemblée générale de l’ONU est devenue une tribune des masculinistes qui entendent la détruire
La semaine dernière, de Trump à Netanyahou, des chefs d’État se sont succédé, dans l’enceinte dédiée au multilatéralisme, à la prévention et à la résolution des conflits, pour dire tout le mal qu’ils pensaient de la paix, du dialogue et du droit international. C’est inédit (…). (lire la suite sur mon site).
Turquie
Vague de répression contre les LGBTQIA+
Erdogan a proclamé cette année le début de « la décennie de la famille et de la population 2026-2035 ». Il fait partie de ses dirigeants obsédés par la « famille traditionnelle ». Un discours qui, comme ailleurs, conduit à qualifier celles et ceux n’entrant pas dans cette définition comme des personnes « perverses », « obscènes », « responsables de la chute de la natalité », antipatriotes (« liens avec l’étranger »), et donc à les intimider, les neutraliser, quand ce n’est pas les emprisonner.
Arrestations de manifestants et de journalistes, descentes dans des bars et au domicile de responsables associatifs, notamment à Ankara et Istanbul, blocages de sites web et de réseaux sociaux se sont multipliés ces dernières semaines.
Inde/France
L’organisation BAPS ne voulait pas de femmes à la Tour Eiffel
Après l’inauguration d’un immense temple hindou à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), l’organisation indienne Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) s’est rendue à la Tour Eiffel, le 5 septembre dernier, pour une visite privée, et aurait demandé (et obtenu !) la mise à l’écart du personnel féminin.
Selon Le Monde, le BAPS, « présenté comme un mouvement spirituel et apolitique, est en réalité le fer de lance du soft power de l’hindouisme politique (…). Ses dirigeants entretiennent des relations étroites avec les membres du Bharatiya Janata Party (BJP), la formation du premier ministre indien, ainsi que sa matrice idéologique, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une nébuleuse d’extrême droite qui prône la suprématie de l’hindouisme sur les autres civilisations », défend le système des castes et la séparation des hommes et des femmes.
La Ville de Paris, propriétaire de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel, a demandé une enquête sur ce scandale.
Italie
Disparition d’Emma Bonino, infatigable défenseuse des droits humains
Ancienne parlementaire du parti radical italien, ancienne ministre des Affaires étrangères et commissaire européenne, Emma Bonino était connue pour son immense combat pour les droits des femmes et des minorités, pour la justice internationale, et pour la construction européenne.
Dans les années 1970, elle était en première ligne pour défendre le droit à l’avortement et lutter contre les violences faites aux femmes. Elle a aussi beaucoup œuvré pour la fin de la peine de mort et pour l’aide alimentaire dans le monde.
Bonino est décédée le 11 septembre, dans une Italie gouvernée par l’extrême droite et hostile à tous ses idéaux.
CONSEIL DE LECTURE
Feminism for a World on Fire
Par Natasha Walter
L’autrice et militante appelle à relancer un vaste mouvement féministe dans « un monde en feu », en s’appuyant sur le terrain. Elle rappelle les liens entre crise écologique et patriarcat, dans les causes (capitalisme de prédation) comme dans les effets (déplacements forcés de population, accès aux ressources, « faire tenir » la société : les femmes sont toujours les premières concernées). Les 22 hommes les plus riches du monde le sont plus que l’ensemble des Africaines, écrit-elle.
La morning routine des femmes (et des hommes), ce devrait être la lutte, plutôt que le repli sur soi, le fatalisme et la résignation. Contre le développement personnel qui a instrumentalisé l’émancipation des femmes (le tenace « Osez, mesdames ! »), et la glorification de quelques héroïnes individuelles (ah, les « femmes puissantes »…), Walter prône un « nous » rassembleur. Comme Steinem, elle met l’accent sur l’espoir et l’action.
Virago, 2026, on peut l’acheter ici.
MES ACTUS
Le 6 octobre, je participerai à la table ronde « Paix, pouvoir, multilatéralisme : où sont les femmes ? », avec Moïra Sauvage, journaliste et essayiste (co-autrice du livre Bas les armes ! Ces hommes va-t-en guerre qui nous gouvernent, qui vient de sortir, et que je conseille), Ndioro Ndiaye, ancienne ministre sénégalaise, et Sarah Mantah, secrétaire générale de la CLEF (Coordination française pour le Lobby européen des femmes).
Dès 18h à la Cité audacieuse (Paris).
Le 11 septembre, j’étais sur le plateau de « La fabrique de l’information », une émission de France Culture présentée par François Saltiel. Le sujet était le complotisme sur le 11 septembre 2001, à l’occasion des 25 ans de ces attentats.