Archives – Newsletter du 19 octobre 2026

Publié le 24 octobre 2026

ÉDITO

Avec la jeunesse, dé-brutalisons le monde !

Les violences, pillages et dégradations abjects des 17 et 18 octobre, qui satisfont Trump, Poutine et leurs relais, ne feront pas oublier les manifestations pacifiques.

C’est une évidence sociologique : il n’y a pas « une » mais « des » jeunesses. Précisément : celles et ceux qui se mobilisent depuis plusieurs semaines ne forment pas une population homogène. Et justement, c’est très intéressant. Parti de lycées de banlieue pour se propager aux territoires métropolitains et ruraux, le mouvement lycéen (et étudiant) est avant tout horizontal.

C’est la génération qui était enfant ou adolescente pendant le confinement et qui a perdu toute forme de socialisation pendant des mois (les dégâts sont irréparables). C’est la génération qui supporte le moins la crise environnementale. C’est la génération qui est la plus angoissée pour son avenir. C’est la génération qui est la première victime des technologies numériques non régulées et qui pâtira le plus de la lâcheté mondiale face aux autoritarismes. 

Il est rare qu’un pouvoir politique se soucie réellement des jeunes : ce sont celles et ceux qui votent le moins, et il est commode de se complaire dans les stéréotypes habituels à leur égard. Les jeunes seraient égoïstes, matérialistes, incultes et (donc) manipulé·e·s ? Rien de tout cela n’est vrai, il suffit de les écouter, de les observer : leur projet de société ne parle pas de leur petit confort, mais d’un avenir désirable pour tout le monde.

Les mobilisations lycéennes et étudiantes sont le dernier symptôme de l’obsolescence de notre manière de faire de la politique : d’en haut, dans des endogamies caricaturales et des postes à préserver pour soi ou son réseau, avec un découpage des portefeuilles ministériels dépassé et des réflexes de priorités de politiques publiques rabougris (et une haute-administration souvent sclérosée). 

Le lien avec le genre ? La dé-brutalisation du politique, de la politique, et de la vision de l’avenir. Sans angélisme mais sans paresse intellectuelle non plus (avis aux candidates et candidats non fascistes pour 2027). Les jeunes vont nous aider à défendre la démocratie. Comme le dit la dernière newsletter de Popol, les jeunes sont l’avenir, mais ils et elles sont aussi le présent.

Bonne lecture !

ACTUS DU GENRE

AUX ÉTATS-UNIS…

«  Fremd bin ich eingezogen, fremd zieh’ ich wieder aus » (Bye bye, Katie Zacharia)

Katie Zacharia n’a pas attendu l’hiver pour faire son voyage retour. Elle a tenu cinq jours comme porte-parole de la Maison-Blanche. On est loin, très loin du personnage mythique de C.J. Cregg dans The West Wing. Serial menteuse sur son parcours et ses qualifications ? Zacharia a été moquée parce qu’elle s’est présentée comme « lawyer », un terme flou qui désigne à la fois le métier de juriste et d’avocate. En réalité, c’est le président et lui seul qui a dit qu’elle était « attorney ». 

Bimbo Mar-a-Lagoïsée, incapable de prononcer une phrase cohérente ? Oui mais à ce poste, Zacharia est avant tout le produit de Trump 2, un monde fait de courtisanes et (surtout de) courtisans opportunistes ou idéologues, fascinés par l’outrance, coutumiers du bullshit et pour beaucoup férus de cruauté. On l’a poussée (avec son accord) sur l’estrade de la salle de presse, alors que les relations entre la Maison-Blanche et les médias sont exécrables, avant de lui dire de quitter son poste. Ce piège était odieux.

Ce que le Trumpistan pardonne aux hommes de pouvoir, il ne le pardonne pas aux femmes. Prenez Pete Hegseth, dont le dernier exploit a été d’annoncer la retransmission en direct sur Internet de l’exécution d’un condamné à mort (l’électorat MAGA étant contre, Trump en a conclu que ce n’était pas une très bonne idée).

L’ambassadrice des États-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, a, elle aussi, démissionné, le 13 octobre, après des soupçons de corruption. Les hommes, eux, tout aussi corrompus, voire pire, restent en place.N.B.: « Étranger je suis venu, étranger je repars » (premier Lied du Voyage d’hiver de Schubert).

… ET AILLEURS

Pays-Bas

Sortir l’avortement du code pénal ?

Le 28 septembre, Journée internationale pour le droit à l’avortement, Lisa Vliegenthart, députée du parti progressiste d’opposition (Pro) néerlandais, a déposé une proposition de loi pour que l’IVG quitte le droit pénal et intègre le droit de la santé. Ce n’est pas que symbolique. Les implications sont concrètes : une meilleure protection des femmes, un meilleur accès aux soins et des garde-fous contre des velléités anti-avortement de la droite ou de l’extrême droite. L’objectif de Pro est une inscription dans la Constitution du pays.

Aux Pays-Bas, la légalité de l’IVG est floue. Elle reste même, dans de vieux textes jamais abolis, considérée comme un crime. Rien ne dit que la proposition de loi sera votée, en raison de la frilosité des modérés et de l’opposition des chrétiens-démocrates. Les associations de médecins, elles, la soutiennent.

Brésil

Les réseaux masculinistes dans la campagne de Flavio Bolsonaro

Tout à la fois carburant idéologique, réseau d’influence et pourvoyeur de fonds, le masculinisme aide Bolsonaro fils à gagner la présidentielle brésilienne et à conserver ses majorités d’extrême droite aux niveaux régional et législatif. Avec des idiotes et idiotes utiles qui se font élire député·e·s sous une étiquette ouvertement anti-féministe (avant d’en faire les frais, pour les élues, une fois mis en œuvre le programme pro-violence faites aux femmes).

Mais aussi et surtout avec, une fois encore, des podcasteurs et streamers masculinistes qui, au Brésil ou exilés aux États-Unis à cause de leur rôle dans la tentative de coup d’État de janvier 2023, propagent leur haine du féminisme et des LGBT+, boucs émissaires d’une société présentée comme faible et décadente depuis le départ de Bolsonaro père (aujourd’hui en prison). 

Le Monde cite la sociologue Bruna Camilo : « D’un côté, Flavio a clairement orienté sa campagne pour se présenter comme plus modéré que son père, notamment en s’affichant chez lui, avec son épouse. Et de l’autre, certains élus sont en première ligne pour faire son “sale boulot”, c’est-à-dire rassembler des soutiens en radicalisant le discours ». 

Canada (Québec)

Francis Dupuis-Déri signe un nouveau livre, L’école, champ de bataille. Misogynie, homophobie, transphobie (Lux Québec, 2026, disponible ici). 

Le politiste, spécialiste de l’anti-féminisme et du masculinisme, a mené une enquête au Québec, aux États-Unis et en Europe sur les progrès de la haine anti-filles et anti-femmes qui a fait de l’École une cible privilégiée. Harcèlement contre des enseignantes et enseignants, encouragement au dégoût de soi chez les plus jeunes en pleine construction identitaire, intimidation d’associations : l’idéologie « anti-genre » est décidément un moteur des extrêmes droites. La haine des professeur·e·s, du savoir et des politiques d’inclusion et de tolérance l’explique. Le trumpisme-poutinisme international la légitime.

La réponse de l’administration est souvent la sidération, la peur ou la minimisation du problème. « La majorité des jeunes restent tolérants et ouverts à la diversité », insiste Francis Dupuis-Déri. C’est rigoureusement exact. 

France

Le masculinisme, c’est une violence en vrai

Rohan Rane, qui se définit comme « masculiniste fasciste », reconnaît avoir organisé une campagne de violence contre des enfants et des adolescentes depuis Internet, en 2021. Il vient d’être condamné à 20 ans de prison par la cour d’assises de Paris. Il avait fondé un groupe extrémiste en ligne, aux ramifications internationales. Il piégeait des mineures, de 11 à 16 ans, et exerçait sur elles un chantage : photos d’elles nues, auto-mutilations y compris sexuelles, etc. 

Selon les associations parties civiles, c’est « un procès fondateur » pour bien comprendre que le masculinisme en ligne occasionne des violences dans le réel. Et nul besoin que ce soit tentaculaire. On le savait avec les frère Tate. Ce que l’on commence un peu à admettre, c’est que c’est une vague énorme : proxénétisme, traite d’êtres humains, pédocriminalité, viols, tortures, etc. surfent sur le masculinisme et ont des liens étroits avec l’idéologie nihiliste violente, le djihadisme et le néonazisme.

Tant que les plateformes laisseront faire et qu’on les laissera faire, cela continuera.

Espagne

Des publicités en ligne pour une pièce de Virginia Woolf masquées par Meta

Le petit théâtre Raval de Barcelone a vu (provisoirement ?) ses posts annonçant une pièce de théâtre de Virginia Woolf, une adaptation d’Une chambre à soi, supprimés de Facebook et d’Instagram. Meta lui a fait savoir que cette suppression avait été « justifiée » par le fait que les publicités parlaient inopinément de « sujets de société » comme le féminisme. Avant de se raviser ?

CONSEIL DE LECTURE

Ce que la guerre fait aux hommes

Par Claude Guibal

Tout le monde a déjà entendu la grande reporter Claude Guibal raconter, sur les antennes de Radio France, les nombreux terrains de guerre qu’elle a arpentés, et décrire la destruction, la cruauté, la souffrance. Dans ce livre, vraiment poignant, elle prolonge ce qu’elle ne peut pas dire en une minute trente à la radio : l’effet des conflits sur les gens, au quotidien. Partout, de l’Ukraine à l’ex-Yougoslavie, en passant par l’Afrique et Gaza, les mêmes horreurs : la perte des proches, leur disparition souvent, le dénuement, la peur, la faim, les mutilations, les violences.

Mais aussi le courage (« contagieux », dit l’autrice), la détermination, la solidarité : tout ce qui passe sous les radars et qui est, énormément, porté par les femmes pendant que les hommes meurent au front. 

Ce livre parle également de l’impuissance relative des journalistes : dire le réel, oui, mais après ? Mais dire, c’est déjà beaucoup.

Albin Michel (c’est ici pour acheter le livre)

MES ACTUS

J’ai participé au débat organisé à l’occasion de la sortie du livre de Chloé Ridel, Géoféminisme. Si tu veux la paix, prépare l’égalité (Stock – acheter le livre ici), le mardi 20 octobre au Consulat Voltaire (Paris 11e). Avec moi : l’artiste Daria Serenko .

J’étais sur France Info radio, le 11 octobre, et sur RTL, le 15 octobre, pour parler de la trahison de l’Ukraine et de l’Europe par Donald Trump.