Que retenir de l’affaire Ada Hegerberg ? Désormais, le sexisme dans le sport dérange

Le sexisme dans le sport n’est pas une nouveauté. C’est même sans doute un champ dans lequel il est le plus installé étant donné que le « mouvement sportif », comme il se qualifie lui-même, s’est historiquement considéré comme un monde à part, y compris sur le plan du droit commun, et se voit toujours – non sans paradoxe – comme porteur de valeurs universelles (respect, méritocratie, tolérance, etc.) mais largement incantatoires.

Cette double croyance, performative, a longtemps permis l’alibi des discriminations et des inégalités. L’omerta qui frappe encore le sport français sur les violences sexuelles en est un exemple. Les scandales de « statistiques ethniques » régulièrement mises au jour en sont un autre.

Le sport n’échappe pas, cependant, aux évolutions sociales. La fragilisation de la tolérance vis-à-vis des propos et des actes sexistes ne l’épargne donc pas.

Les perceptions de la figure de la sportive comme étant illégitime apparaissent aujourd’hui comme datées et intempestives. Elles sont de moins en moins admises sur un plan collectif. Nombre de sportives professionnelles sont en train de gagner le statut d’icône, de role modelFemme puissante, la sportive médiatisée dérange encore mais ce qui change, c’est que le refus de sa visibilité, de sa célébrité, de son succès et de sa réussite, notamment financière, se voit et n’est plus accepté.

Lire mon interview au « Monde » (juin 2018) : « La place des femmes dans le football, un enjeu démocratique et social. »

L’affaire Ada Hegerberg en est une excellente illustration. Montée sur scène, le 3 décembre dernier, pour recevoir le premier ballon d’or décerné à une footballeuse, elle a dû subir la lourdeur du DJ français Martin Solveig qui lui a demandé si elle était capable de faire une démonstration de twerk, une danse populaire à forte connotation sensuelle, voire sexuelle.

« Non », a répondu la championne, qui joue dans le prestigieux Olympique Lyonnais, a été désignée meilleure joueuse de la saison 2016 par l’UEFA et a déjà remporté trois Ligues des championnes.

Elle a souhaité dédramatiser l’incident par la suite et mettre l’accent sur son prix et le symbole que celui-ci représente pour les femmes qui sont de plus en plus nombreuses, et dès le plus jeune âge, à pratiquer le football, en club ou non. « Jeunes filles, s’il vous plaît, croyez en vous », a-t-elle du reste déclaré devant les caméras, depuis la scène du Grand Palais.

L’unanimité des indignations

Comme l’a noté le New York Times (qui, à l’instar d’autres journaux étrangers, montre que l’image de la France dans le monde pâtit une nouvelle fois des réflexes « beaufs » de quelques-uns), « le DJ français Martin Solveig a demandé à Madame Hegerberg quelque chose qui n’avait rien à voir avec son expertise. » Cela revient, que ce soit ou non volontaire, à « remettre en question une réussite professionnelle », ajoute le quotidien.

Cette malheureuse question sur le twerk porte-t-elle ombrage à la récompense d’Hegerberg, une belle reconnaissance, aux yeux du monde entier, que les femmes sont aussi des championnes de football ? Je ne le crois pas.

Partout, y compris dans des organes de presse sportive français peu suspects de féminisme, les indignations se sont succédé. C’est cela qu’il faut retenir car un tel tollé aurait été inimaginable il y a encore quelques années. L’« argument » de l’humour, plaidé après coup par Martin Solveig, que le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, a qualifié d’« idiot », aurait prévalu. Mais les blagues sexistes, tout comme les blagues racistes, ne passent plus si bien, même dans le sport.

Photo : Ada Hegerberg (Source d’image : PC)