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CHRONIQUE « Dans sa lutte contre le sexisme, le sport doit éviter le piège identitaire », dans « The Conversation »

22 décembre 2016 admin 0

Certains discours, initiés par des extrêmes qui aspirent au chaos, tendent à s’imposer. Dans notre pays, la désignation d’un ennemi intérieur se nourrit du terreau fertile d’une identité nationale, républicaine, laïque fantasmée et dévoyée. Aujourd’hui, « le refoulé colonial est à la base du refoulement du multiculturalisme en général et de l’islam en particulier », comme le note Béligh Nabli.

Dans notre démocratie insécure, qui est loin d’être exemplaire en matière d’égalité femmes-hommes, c’est l’islam qui est présenté comme « le » terrain du sexisme. La chose n’est certes pas nouvelle, que l’on pense à la période coloniale ou aux diverses polémiques sur le voile, les « tournantes » ou les mariages forcés, depuis la fin des années 1980. Mais ce discours prend désormais corps dans toutes les sphères sociales, chez tous les types d’acteurs. Le sport en est un nouvel exemple.

Islam et pratique du sport par les filles : fantasmes et réalités

Un nombre croissant de responsables et de commentateurs – fédérations, fondations, leaders politiques de tous bords – avancent que la plus faible pratique sportive des femmes comparativement à celle des hommes concerne « avant tout » les quartiers, les banlieues où, pour des raisons « familiales, culturelles, religieuses », les filles sont dès l’adolescence dissuadées, voire empêchées de pratiquer un sport. Pas un colloque consacré au sport féminin, désormais, où cet « état de fait » ne soit présenté. C’est devenu un pensum, un passage obligé et, par mimétisme, une évidence, une réalité préétablie et générale. Point besoin de l’étayer par des travaux scientifiques.

Cela amène deux réflexions. La première s’inscrit dans les analyses du piège de la rivalité entre l’anti-sexisme et l’anti-racisme. En découle la seconde réflexion qui rappelle combien les discriminations de genre sont constitutives du sport moderne occidental et qu’il a bien du mal à s’en défaire, et qui met au jour une instrumentalisation des droits des femmes. L’objectif est avant tout, pour une partie du champ sportif, de se dédouaner de ses propres pratiques en désignant le vrai coupable : l’homme (vu comme) arabe ou musulman, ennemi de la France et de valeurs d’émancipation que le sport est censé incarner.

Ce qu’Eric Fassin a conceptualisé sous l’expression de « démocratie sexuelle » nous aide a comprendre comment un discours dominant considère les Arabes ou les musulmans comme des barbares puisqu’ils « n’intègrent pas la culture démocratique » qui consisterait en « l’appropriation, dans un contexte postcolonial, de la liberté et de l’égalité, appliquées au genre et à la sexualité, comme emblèmes de la modernité démocratique ».

L’égalité entre les femmes et les hommes est devenue, en France et dans plusieurs pays occidentaux – dont les États-Unis de Donald Trump – un terreau sur lequel un « Nous » (les civilisés, les laïques, les Blancs) se distinguerait d’un « Eux » (les sauvages, par nature violents avec les femmes qu’ils voilent, violent, marient de force). À croire, comme le note Fassin, que « leur sexisme justifierait presque [notre] racisme ». De fait, « cette tardive apothéose des idéaux féministes en France » sert à alimenter un « conflit des civilisations », disons-le également : un racisme anti-musulmans.

La soumission des femmes et des jeunes filles musulmanes à leurs maris, à leurs pères et à leurs frères serait plus forte, plus répandue, plus acceptée que dans d’autres groupes sociaux. Il ne s’agit évidemment pas de nier l’infériorisation des femmes qui est présente dans les trois « religions du Livre ». Mais l’on sait que les violences sexuées et sexuelles intra-familiales, intra-culturelles et intra-professionnelles touchent tous les milieux, comme l’a utilement rappelé la grande enquête Virage de l’INED, publiée le 25 novembre dernier. Il demeure plus commode de considérer que seuls les hommes et les garçons des quartiers sont sexistes.

Anti-racisme ou anti-sexisme, un faux choix

Comment faire, alors, pour dénoncer ce racisme tout en évitant le piège tendu aux chercheurs, aux observateurs et aux décideurs ? En effet, mettre au jour le discours islamophobe ambiant peut rapidement faire de vous un complice du relativisme culturel. C’est là que la réflexion devient un combat puisqu’il est important de déconstruire les images imposées, les pensums et le prêt-à-penser, afin de prendre acte de la complexité du réel.

Les travaux de sciences sociales faisant appel à l’intersectionnalité nous ont montré que les logiques racistes et sexistes se croisaient. Autrement dit, non seulement les femmes (vues comme) appartenant aux minorités ne vivent pas nécessairement le même racisme que les hommes de ces mêmes minorités, mais le sexisme dont elles sont par ailleurs victimes n’est pas toujours superposable à celui vécu par les femmes appartenant à la majorité – en termes de couleur de peau, d’origine sociale, de CSP, de territoire de vie, etc.

Ainsi, le préjugé de la docilité pèse plus lourdement sur les femmes des classes populaires, et plus encore si elles sont « issues de la diversité ». Quant aux filles voilées, elles sont systématiquement considérées comme des victimes du patriarcat le plus archaïque et dépourvues de jugement critique.

Lorsque le sexisme des banlieues est monté du doigt, se soucie-t-on vraiment du sort des filles et des femmes qui y vivent ? Probablement pas, sinon le combat contre les discriminations serait plus affirmé. Le véritable objectif serait plutôt de masquer des inégalités et des discriminations de genre présentes dans toute la société française. C’est ainsi qu’un certain racisme, véhiculé par des discours dont ceux qui les prononcent n’ont pas toujours conscience, « sert de marchepied à la thèse antiféministe de la disparition du patriarcat » (Christine Delphy).

Quand le sport stigmatise l’islam pour se dédouaner de ses pratiques sexistes

Ceux qui, aujourd’hui, pointent du doigt l’islam et les quartiers comme « le » lieu du sexisme dans le sport trouvent ici un moyen commode d’éviter de s’interroger sur leurs propres habitudes, qui sont encore loin d’être égalitaires. J’ai déjà écrit dans ces colonnes que le sport n’était pas une sphère à part, coupée du reste de la société. Il est non seulement traversé par les mêmes problématiques, dont les discriminations en particulier, mais il les reproduit et les perpétue.

En effet, le sport se pense souvent protégé par l’alibi de ses valeurs incantatoires et de la méritocratie puisque, n’est-ce pas, dans une compétition sportive, c’est toujours le meilleur qui gagne, par ses seules qualités athlétiques et mentales. C’est aussi le plus méritant qui accède aux responsabilités : dans le sport, donc, point de plafond de verre, point d’entre soi, point d’endogamie…

Il est instructif de rappeler quelques chiffres et quelques faits. Sur les 31 fédérations olympiques sportives en France, 30 sont présidées par un homme. Plus de deux ans après la promulgation de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui établit que, dans les fédérations sportives, « lorsque la proportion de licenciés de chacun des deux sexes est supérieure ou égale à 25 %, les statuts prévoient les conditions dans lesquelles est garantie dans les instances dirigeantes une proportion minimale de 40 % des sièges pour les personnes de chaque sexe », nous sommes sauf exceptions loin du compte.

En cause : le cumul des mandats dans le temps, la cooptation, l’absence d’ouverture sur le reste de la société – même si quelques rares fédérations font aujourd’hui des efforts de formation et de sensibilisation aux inégalités femmes-hommes. Le même phénomène s’observe dans le champ politique ou syndical, par exemple.

Dans les médias, sur le plan qualitatif, les commentaires sexistes (dégradants, sexualisés) à la télévision (notamment publique), à la radio et dans la presse écrite ne sont jamais sanctionnés. Sur le plan quantitatif, la très faible place accordée aux sportives comme aux consultantes dans les retransmissions ou dans les émissions consacrées au sport est un autre constat – malgré des progrès récents grâce au travail du CSA et d’associations engagées.

Le quotidien L’Equipe choisit souvent de consacrer sa « une » à des sportifs qui perdent plutôt qu’à des sportives qui gagnent et sous-estime l’intérêt du public pour le sport féminin. Pour l’Euro 2016, L’Equipe avait publié, en « Une », une photo de sa rédaction qui frappait par son absence de diversité et qui était titrée « 24 nations, une seule couleur » (sic).

Espaces sportifs, espaces publics et espaces genrés

Dans les clubs sportifs, les garçons, surtout à partir de l’adolescence, bénéficient d’horaires d’entraînement plus favorables, de meilleurs coaches, de davantage de moyens financiers que les filles. La plupart des fédérations « misent » plus sur eux que sur elles. Camille Guérandel explique ainsi que, dans les quartiers populaires en particulier, les politiques publiques et associatives en matière de sport ont institutionnalisé les stéréotypes de genre.

Et que dire de la politique de la ville qui, au prétexte d’« occuper » les garçons, jugés « naturellement » violents, a longtemps privilégié des équipements sportifs qui leur sont destinés et qu’ils s’approprient ? Les filles sont considérées par les institutions comme étant plus calmes, plus dociles, dotées d’un moindre « besoin de se défouler ». Comme l’ont montré Yves Raibaud ou Edith Maruéjouls, la ville et l’espace public (dont font partie les terrains de sport) restent des espaces genrés, investis par les hommes, avec l’aide des pouvoirs publics. Ces décideurs – souvent des hommes – sont-ils musulmans ?

À partir de l’adolescence, la pratique sportive des filles est inférieure à celle des garçons dans les milieux populaires en général. La construction d’une virilité stéréotypée (hétéronormée) par le sport – et l’espoir placé dans les garçons des milieux populaires pour devenir des sportifs professionnels – est une donnée qui persiste. Le repli sur le foyer, sur le domicile familial, l’engouement pour d’autres loisirs sont une réalité qui ne relève pas uniquement d’injonctions culturelles subies, mais qui peuvent être une stratégie. Investir le travail scolaire en fait partie.

Ajoutons que la pratique sportive des filles dans les banlieues défavorisées existe et peut s’inscrire hors des cadres établis, et notamment hors des fédérations sportives. On les pense soumises alors que les filles s’organisent et se retrouvent pour faire de la danse hip-hop, mais aussi de la boxe ou du football. Des associations, des clubs et des municipalités, mais aussi l’École et les fédérations de sport scolaire – exemplaires dans ce domaine – sont désormais de plus en plus attentifs à l’égalité de pratique filles-garçons et œuvrent à plus de la mixité.

Le sport met en avant ses valeurs de respect et de tolérance. Au-delà des mots, qui ont un sens dans une société de défiance, c’est contre toutes les formes de discriminations, sans distinction, qu’il doit mener son combat. Pour ce faire, il lui faut prendre davantage acte de la complexité du réel, loin des visions sociales préconstruites et imposées. La place des chercheurs et d’autres professionnels issus d’horizons divers mérite alors d’être renforcée dans une gouvernance du sport encore trop traditionnelle.

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ARTICLE « Sport et activité physique dans la RSE : cibler les besoins des salariés » dans « Médiapart »

18 décembre 2016 admin 0

Les bienfaits, pour les salariés, de la promotion de la santé au travail fait désormais l’objet de nombreuses études qui mettent en avant le rôle essentiel joué par la RSE. Or les politiques les plus efficaces sont celles qui visent à améliorer, de manière globale, l’hygiène de vie des individus. En effet, lorsque la prévention du tabagisme, la sensibilisation à l’importance d’une alimentation équilibrée, l’amélioration des postures du corps prendant le travail et l’offre d’une activité physique ou sportive adaptée à tous vont ensemble, l’amélioration de la santé et du bien-être est davantage efficiente et mesurable.

Par ailleurs, plusieurs enquêtes, notamment européennes, ont montré que le manque de temps était le principal frein à la pratique sportive régulière chez les adultes, dans notre pays. La possibilité de faire du sport sur le lieu de travail ou pendant les horaires de travail permet donc de pallier en partie à ce problème.

Le droit du travail, en France, oblige les entreprises à mettre en place des actions de prévention, d’information et de formation aux risques professionnels via des « moyens adaptés ». Certaines lois sociales ont modifié le code du travail en spécifiant que « tout salarié peut, dans le cadre des possibilités de l’entreprise, bénédicier pour la pratique contrôlée et régulière du’un sport, d’aménagements de son horaire de travail ». Mais cela s’adresse surtout aux sportifs de haut niveau, contraints de s’entraîner régulièrement.

Afin que les dispositifs de promotion de l’activité physique ou sportive sur le lieu professionnel ne soient pas seulement captés par ceux et celles qui dont déjà sportifs mais qu’ils s’adtressent aussi aux individus sédentaires, y compris ceux souffrant de problème de santé ou en situation de handicap, un accompagnemet ciblé est nécéssaire. Ainsi, ouvrir une salle de sport ou laisser la possibilité de faire une heure de sport hebdomadaire aux salariés ne suffit pas et n’a donc pas les effets escomptés. C’est alors que le cadre offert par la RSE prend toute son importance.

Le sport et l’activité physique dans la RSE : une innovation en soi

Envisager aujourd’hui le sport et l’activité physique comme des leviers de RSE constitue en soi une innovation, adoptée par de nombreuses grandes entreprises, au premier rang desquelles celles dont la raison sociale est liée à l’économie du sport (organisation d’événements, marque de sport) ou qui ont développé le sponsoring, le mécénat ou le parrainage sportifs. Le rôle d’umpulsion de la Commission et du Parlement européens, depuis les années 2000, a été majeur mais la possibilité de pratiquer une activité physique ou sportive sur le lieu professionnel relève avant tout de la soft law.

Pour que les bonnes pratiques se diffusent dans un nombre plus important d’organisations, il est important que la vie privée des salariés soit respectée et qu’ils demeurent libres d’adhérer ou non aux programmes mis en place. Il faut en effet à tout prix éviter le risque de contrôle social ou de paternalisme, hérités du sport corporatif du XIXe siècle. Il ne faut pas tomber non plus de ce que certains ont appelé la « tyrannie du bien-être », produit d’une volonté de maîtrise absolue de soi typique des sociétés libérales actuelles et qui creuse encore un peu plus les inégalités socio-économiques en matière de pratique sportive.

L’essentiel est donc que les salariés aient été bien informés et sensibilisés aux enjeux d’une activité physique ou sportive régulière à des fins de santé, mais aussi que l’offre proposée par l’employeur réponde à leurs besoins. Dispensée par les fédérations, des assocaitions ou des prestataires marchands, elle doit pouvoir proposer des « mises » ou des « remises en mouvement » susceptibles de convenir au plus grand nombre et adaptées aux différents métiers. Lutte contre le stress, traitement ou évitement des troubles musculo-squelettiques, prévention des maladies cardio-vasculaires ou métaboliques, etc. sont autant de moyens d’appréhender la rupture avec des habitudes sédentaires, à tous les âges d’une carrière qui ne cesse du reste de s’allonger.

Le sport au travail participe à la pleine inscription de l’entreprise du XXIe siècle dans son environnement social et sociétal

Une autre condition est nécessaire, celle d’une gouvernance élargie. La RSE permet de fédérer le management de l’entreprise, le secteur de la santé (médecine du travail, médecine de ville, mutuelles), les fédérations et associations sportives, les TPE ou travailleurs indépendants prestataires (coaches, animateurs sportifs), et les organisations syndicales. Cest ainsi qu’en quelques années, le sport fédéral s’est efforcé d’adapter son offre de pratique sportive en entreprise à tous les publics de salariés. Le choix, la fréquence, la palette et l’intensité des activités proposées sont plus vastes. De plus en plus de prestataires privés proposent aussi aux entreprises l’organisation d’événements ponctuels ou la présence de coaches qui, malgré un réseau moins développé que celui des fédérations, mettent à dispostiion une palette vaste de pratiques et de disciplines dans l’air du temps (gymnastique suédoise, gymnastique pilate, yoga etc.) et ciblées en fonction des publics. La souplesse, la polyvalence et les coûts réduits de ce type de prestaitaires séduisent des grandes entreprises qui souhaitent une offre complémentaire au sport corporatif, et les PME et TPE où ce dernier n’existe pas.

Au final, le sport et l’activité physique au travail dans les politiques de RSE trouvent leur place dans une vision innovante du management qui prend acte des transformations globales du travail. Les entreprises favorisant de bonnes conditions de travail, garantissant santé et bien-être des salariés seront de plus en plus attractives et concurrentielles. Il est vrai que les valeurs du sport sont souvent invoquées de manière abstraite par le mamangement ou la communication, sans que leur intégration dans les politiques manageriales ne soit réellement pensée.

Dans une approche prospective, le sport au travail est porteur d’innovations dans une société interdépendante, dont les logiques de fonctionnement sont de plus en plus transersales et participatives, et ce, au sein de territoires soumis à une concurrence sans cesse renouvelée pour attirer habitants et investisseurs. Il participe alors de la pleine inscription de l’entreprise du XXIe siècle dans son environnement social et sociétal. C’est un levier d’attractivité territoriale qui prend tout son sens dans le processus à venir de métropolisation.

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CHRONIQUE. Femmes et sport : un ticket gagnant pour « Paris 2024 »

28 mai 2016 admin 0

La candidature de « Paris 2024 » surfe sur un triple storytelling intéressant, celui de la jeunesse, de la diversité et de l’environnement. Et ce, autant dans le fond (arguments du dossier) que dans la forme (mots choisis, mise en scène à la Philharmonie en février dernier). En cela, on est dans une « mise en récit » contraire à celle de la candidature de Paris 2012, qui surfait sur la tradition, le conservatisme, le statu quo.

Or qu’ont en commun ces thèmes de la jeunesse, de la diversité et de l’environnement ? La problématique du renouvellement. C’est ce qui nous manque aujourd’hui en démocratie : partis politiques, syndicats, fédérations sportives se renouvellent peu en termes de génération et de présence des femmes, des jeunes, d’individus d’origines diverses. Non pas que la représentativité doive être en soi un objectif ; mais la non-représentativité, à coup sûr, est un problème.

« Paris 2024 » est donc une excellente occasion de nous fédérer pour aller dans cette direction. Il ne s’agit ni de faire table rase des compétences existantes, ni non plus de tomber dans le piège de l’essentialisme ou dans celui du relativisme. Il importe plutôt de rendre ces compétences plurielles, pour nous ouvrir à d’autres expériences, d’autres visions du monde, afin de nous enrichir et de ne pas gâcher les talents et les bonnes volontés. Le gâchis de talents, c’est une injustice, mais c’est aussi une perte en termes de cohésion sociale, comme en termes économiques. C’est pourquoi la féminisation du sport, dans toutes ses composantes (pratiques, médiatisation, gouvernance), est un impératif éthique tout autant qu’un objectif de performance. Bref, nous devons tous mettre en application nos discours sur les valeurs du sport, dans la logique du « souci de soi » au sens de Michel Foucault : nous faisons un travail sur nous-mêmes, pour nous-mêmes, et pour l’avenir de la cité.

Cependant, dans les nouvelles générations, ni l’égalité filles-garçons, ni la mixité ne se feront toutes seules. Bien sûr, les politiques publiques en faveur de l’égalité ont eu des effets – la loi d’août 2014 est à cet égard exemplaire, de même que les préconisations et textes européens – et il est important de poursuivre ce combat. Pour avancer, il faut s’inspirer des bonnes pratiques, ce qui suppose de les visibiliser ; il faut aussi mener à bien des expérimentations, des évaluations et en diffuser les résultats. Autant de domaines où, en France, on n’est pas encore assez performant.

Les voies de la mixité

Tous les milieux sociaux sont concernés par la problématique des inégalités de pratiques femmes-hommes dans le sport. À cet égard, les discours de plus en plus nombreux consistant à stigmatiser les quartiers populaires sont extrêmement dangereux : non seulement ils conduisent à faire des généralités sur des groupes de populations, mais ils servent d’alibi à des habitudes trop largement répandues. Laisser entendre que le sexisme et les discriminations faites aux femmes (dans le sport et ailleurs) sont l’apanage des musulmans occasionne une opposition « nous » versus « eux » bien commode, dont l’extrême droite a, la première, pleinement saisi le potentiel idéologique et instrumentalisant. Ne tombons pas dans ce piège.

En réalité, les filles font moins de sport que les garçons, dès l’adolescence, en particulier parce que la pratique masculine est largement favoriséepar les clubs, les municipalités et les fédérations. L’exemplarité de l’UNSS en matière d’encouragement à la mixité de pratique et de prise de responsabilité mérite ici d’être rappelée. À l’âge adulte, le temps quotidien des femmes est beaucoup plus contraint que celui des hommes, tous milieux sociaux confondus : un partage plus équitable des tâches parentales et ménagères dégagerait aux femmes du temps libre, pouvant être notamment utilisé pour faire un sport ou une activité physique.

Changer les discours pour changer les mentalités

De leur côté, les discours et l’iconographie doivent encore changer sur le sport féminin. Ils sont performatifs : en d’autres termes, ils ont des effets sur le réel. Par exemple, on parle encore de « sport » pour désigner les compétitions masculines et de « sport féminin » à propos des compétitions féminines. Comme nous l’ont enseigné les études de genre, le masculin se confond avec l’universel et s’oppose à la différence, à la marge, incarnée par le féminin, qui est donc infériorisé dans les discours dominants. Par ailleurs, il est urgent de médiatiser davantage les sportives, qui peuvent être des modèles pour la jeunesse.

Sur le plan de la gouvernance du sport, certaines fédérations sont exemplaires dans la féminisation de leurs instances, à tous les niveaux hiérarchiques, et dans la sensibilisation aux stéréotypes de genre. Des dispositifs de coaching existent pour encourager les femmes à prendre des responsabilités. Le projet européen SCORE, auquel participe le think tank « Sport et citoyenneté », identifie les bonnes pratiques européennes en matière de mentoring et diffuse des outils pratiques pour faciliter l’accès des femmes aux postes à responsabilité dans le sport.

Les organisations que sont les fédérations doivent montrer l’exemple en matière de parité et d’ouverture : si rien ne change, des mesures plus drastiques devront être prises comme par exemple le non-cumul des mandats dans le temps. C’est exactement la même configuration qui concerne les partis politiques et les syndicats, et l’on sait combien les élus sont réticents à partager le pouvoir.

Quand un « numéro un » mondial du tennis masculin estime que les joueuses devraient gagner moins que les joueurs, quand un grand quotidien sportif préfère faire sa « une » sur les sportifs qui perdent plutôt que sur les sportives qui gagnent, on se dit que beaucoup de chemin reste à parcourir pour que les valeurs du sport, tant vantées, soient mises en pratique. La candidature de « Paris 2024 » nous contraint à l’exemplarité, pour notre jeunesse. Prenons date.

theconversation

CHRONIQUE. Les valeurs du sport au-delà des mots

19 décembre 2015 admin 0

Dans les jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre de Paris et de Saint-Denis, le sport a rendu hommage aux victimes. Partout, des minutes de silence ont été respectées avant les rencontres sportives du week-end des 14 et 15 novembre, et puis joueurs et supporters de nombreux pays ont entonné « La Marseillaise », les maladresses de prononciation en rajoutant dans l’émotion.

Le sport a su faire siens les symboles de la nation et de la République française : les couleurs bleu, blanc, rouge ont été projetées sur la glace avant le match de hockey opposant les New York Rangers et les Toronto Maple Leafs, sur la pelouse du mythique stade de Wembley et de tant d’autres terrains de part le monde. Les joueurs de l’équipe de l’académie militaire de football américain ont pénétré en courant sur la pelouse avec un drapeau français flottant au vent. Au Masters de tennis masculin de Londres, toute la salle était aux couleurs de la France.

Le PSG a également réalisé un clip mettant en scène une cinquantaine de stars issues du sport : les joueurs et joueuses du club, les Ballons d’or Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Ronaldo, Zidane, mais aussi Martina Navratilova, Rafael Nadal, Carl Lewis, ainsi que de célèbres sélectionneurs du football prononçaient un « Je suis Paris », en français, avec ou sans accent, ou dans une autre langue. Geste symbolique s’il en est, celui des Ultras de l’OM qui ont recouvert un pont d’une grande banderole noire où il était écrit : « Nous sommes Paris ».

À l’Euro, des valeurs à défendre

On s’est ainsi aperçu que le sport professionnel, par ailleurs tant décrié, tant critiqué pour ses dérives financières, ses scandales de corruption ultra médiatisés, était capable de mettre en pratique les valeurs qui lui confèrent son exigence d’exemplarité. Mais hormis ces moments de communion exceptionnels comme ceux qui ont suivi les attentats du 13 novembre, on en parle peu. En juin et en juillet prochains se tiendra, en France, l’Euro masculin de football. Ce sera l’occasion, pour l’UEFA, de mettre en avant les actions de sa Fondation en faveur de l’enfance, ainsi que son programme pour encourager le leadership féminin dans toute l’Europe, ou encore son dispositif FARE qui consiste à combattre les discriminations – racisme, nationalisme, sexisme, trans- et homophobie, etc. – dans le football (…).

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Unknown

TRIBUNE. « The Beast » ou le prix du spectacle sportif

24 octobre 2015 admin 0

The Beast.
En 1995, la coupe du monde de rugby était organisée en Afrique du sud, quatre ans après la fin de l’apartheid. La compétition devait être un symbole de la réconciliation nationale à travers les valeurs du sport. Cette image idyllique a été quelque peu ternie par un événement néanmoins banal dans un pays encore fortement prisonnier de la discrimination « raciale »: à l’occasion de la demi-finale entre les Springboks et la France, 150 hommes noirs sont entrés sur le terrain pour drainer la pelouse gorgée d’eau de pluie. Dans les tribunes, 80 000 Blancs. La « nation arc-en-ciel » est finalement devenue championne du monde, Nelson Mandela a remis la coupe au capitaine François Pienaar et l’épisode malheureux de la demi-finale a vite été oublié.

Lors du tournoi 2014 des quatre nations – qui oppose des équipes de l’hémisphère Sud -, le sélectionneur sud-africain Heyneke Meyer a été critiqué parce qu’il avait préféré miser sur des joueurs blancs trentenaires plutôt que sur de jeunes recrues noires. En février dernier, la Fédération sud-africaine de rugby (SARU) a annoncé la mise en place de quotas : au moins 7 joueurs « non blancs » doivent aujourd’hui faire partie de la sélection nationale, dont au minimum deux Noirs (les autres étant métis). 9 ont été retenus parmi les 31 pour la coupe du monde de 2015 en Angleterre. Cela n’était pas assez aux yeux d’une organisation politique sud-africaine, l’Agency for a New Agenda : estimant que les critères de sélection étaient « racialement discriminants et biaisés en faveur des Blancs », elle a saisi la justice pour empêcher l’équipe de participer à la coupe du monde. Ce recours n’a pas abouti.

En 1995, seul un joueur de l’équipe d’Afrique du Sud n’était pas blanc : il s’agissait de l’ailier Chester Williams. Il avait déclaré : « J’ai toujours voulu être un Springbok, mais je n’ai jamais été qu’un joueur de rugby noir ». Avec la politique de quotas, la proportion de joueurs noirs devra passer à 50% à horizon 2019 pour toutes les équipes du championnat et des sélections nationales. Bien que les Blancs constituent moins de 10% de la population du pays, et bien que les rugbymen noirs ou métis talentueux soient nombreux (Bryan Habana est par exemple le meilleur marqueur d’essais en coupe du monde, à égalité avec Jonah Lomu), une discrimination positive sera nécessaire dès le plus jeune âge pour que la diversité soit de mise au plus haut niveau. C’est non seulement une question de justice sociale mais aussi… d’image internationale, de softpower. Est-ce à dire qu’on ne peut plus, désormais, brandir les valeurs du sport sans les mettre en pratique ?

La métaphore animale, réservée aux sportifs noirs

Largement utilisée pour caractériser le trait « saillant » d’un sportif, la métaphore animale ne concerne cependant que des joueurs noirs ou métis : dans les années 1990, Bernard Lama était « souple comme un félin », Laura Flessel était « la guêpe », Marie-José Pérec, « la gazelle », et aujourd’hui le surnom de « The Beast » est attribué au footballeur Adebayo Akinfenwa comme au rugbyman sud-africain Tendai Mtawarira.

theconversation

CHRONIQUE. La religion du sport

17 octobre 2015 admin 0

La religion du sport. « Le Tour [de France], c’est sacré ! » : qui n’a jamais entendu cette phrase de la bouche d’un vacancier juilletiste ? Quoique non superposables, sport et religion ont, depuis l’Antiquité, une histoire et des ressorts communs. Au sens étymologique du mot « religion » (« religare » en latin), le sport relie les individus, dans les stades comme dans les tribunes, et parfois dans la rue après une victoire importante. Il a gardé cette vocation à créer une communauté, au niveau local et national.

Par ailleurs, le spectacle sportif comporte des règles, une hiérarchie, une liturgie officielle (les hymnes, les drapeaux) ou culturelle (le haka en rugby, la tenue blanche au tournoi de tennis de Wimbledon). En Grèce, les Jeux olympiques ne se déroulaient-ils pas dans un espace destiné à honorer les dieux, selon une cérémonie immuable ? Pour l’occasion, une trêve sacrée n’était-elle pas décrétée ?

Cet esprit a perduré. Dans les stades, on chante en chœur et on reste silencieux lors des tirs de pénalités. Et comme Roland Barthes l’a décrit dans « Le tour de France comme épopée », les sportifs sont des héros, des surhommes qui rêvent d’un statut de déité en bravant les éléments… Les « Dieux du stade » désignent désormais un célèbre calendrier de photographies érotiques, mais cette appellation ne vient pas de nulle part.

Les sociologues du sport issus du courant critique parlent d’opium du peuple, au sens marxiste du terme : comme la religion, le sport capitaliste aliénerait les individus en canalisant leurs émotions et leurs colères, pour éviter qu’ils ne se révoltent. Une soumission qui serait acceptée, intériorisée, entretenue. Un plaisir masochiste, en somme !

Faut-il s’étonner, alors, de voir s’exprimer des pratiques ou plutôt des appartenances religieuses dans l’arène sportive ?

theconversation

CHRONIQUE. Le rugby, un récit social

27 septembre 2015 admin 0

« On n’est rien sans l’esprit d’équipe ». C’est par ses mots que l’ancien international anglais, Jonny Wilkinson, conclut une publicité pour une banque française, sponsor de longue date du XV de France masculin. Suit un autre spot dans lequel une voix vante le « gène de l’aventure » d’une marque de voiture tout-terrain et interroge les spectateurs : « Avez-vous ce qu’il faut pour repousser vos limites ? ». Nous sommes samedi soir dernier, quelques minutes avant le coup d’envoi du premier match de l’équipe de France, contre l’Italie, dans la coupe du monde 2015 de rugby. Les annonceurs, qui ont adapté leurs messages à l’occasion de cette compétition, veulent établir dans nos esprits une analogie, un parallélisme entre le spectacle qui va suivre et les biens ou les services qu’ils veulent nous vendre.
Car les valeurs du rugby, dans l’imaginaire capitaliste, ce serait un peu le meilleur des valeurs du sport : la solidarité dans l’affrontement, l’abnégation dans la force et la souffrance physiques, l’esprit collectif dans le combat. Les entreprises l’ont bien compris qui associent la culture du rugby d’aujourd’hui non seulement à leur stratégie de communication, mais aussi à leur management des ressources humaines. Il faut se battre pour gagner ou conserver des marchés, écraser les concurrents, mais en avançant ensemble comme dans un maul, en étant soudé comme dans une mêlée. Corporate.

Le rugby, c’est une symbolique guerrière, militaire, virile au sens le plus stéréotypé du terme, mais dans le respect des adversaires. Il s’agit de les tuer symboliquement. Quoi de mieux que le folklore du haka pour figurer cet affrontement : le face-à-face entre l’équipe de la Nouvelle-Zélande – qui a ce privilège incontesté de se livrer à ce rituel de défi – et son adversaire qui trépigne avant le coup d’envoi, c’est aussi ce mythe de la guerre simulée, où l’on se jauge, où l’on s’intimide, les yeux dans les yeux, quelques secondes avant de pouvoir enfin se toucher, se pousser, se plaquer.

Sexualisation du sportif masculin

Les bagarres des années 1980, qui faisaient le sel – et parfois même, disons-le, l’identité – du rugby amateur de village, ont presque totalement disparu des terrains. Quelques tentations subsistent de gifler ou de prendre au collet son vis-à-vis, notamment en mêlée, mais les « mauvais gestes » sont immédiatement arrêtés par les coéquipiers et condamnés par les commentateurs qui enjoignent les joueurs à « rester concentrés ». L’ère est au professionnalisme : le rugby, désormais, c’est un vrai métier, c’est sérieux.

Parler du rugby moderne, c’est aussi parler du corps du rugbyman. La sexualisation du sportif masculin progresse. Les femmes ne sont plus les seules concernées, même si leur avance en la matière les met sans doute à l’abri d’être jamais rattrapées. Le rugbyman professionnel, en particulier, est aujourd’hui érotisé pour vendre du parfum, des produits d’hygiène ou des sous-vêtements. La cible est féminine ou masculine ; le calendrier des « Dieux du stade » ne fait plus scandale et s’adresse autant aux femmes qu’aux hommes amateurs de beauté – et de sexualité – masculine. À travers ces nouvelles icônes se dévoile toute la diversité des codes érotiques. Un gage de liberté.

Mais en vingt ans, le corps du rugbyman a énormément changé, pour le meilleur… ou pour le pire, selon certains.

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Jeux Olympiques & Paralympiques de 2024 : pour un nouveau storytelling du sport

17 février 2015 admin 0

Le 12 février 2015, Bernard Lapasset, président du Comité français du sport international (CFSI), remettait à la maire de Paris, Anne Hidalgo, l’étude d’opportunité quant à la candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, en présence de Denis Masseglia, président du CNOSF, et d’Emmanuelle Assmann, présidente du Comité paralympique et sportif français.

« Une candidature parisienne gagnerait à raconter une histoire », a expliqué Anne Hidalgo, car la métropole-monde qu’est Paris doit, tout en valorisant ses périphéries, faire valoir ses atouts, et en particulier son patrimoine ou encore la diversité de sa population. Il s’agit de l’engagement de tous au service de la jeunesse, a-t-elle ajouté.

En effet, à l’occasion de cette possible candidature, c’est bien un storytelling nouveau du sport qu’il faut consolider et promouvoir. Cette « histoire à raconter » dont parle la maire de Paris, c’est la manière dont le sport doit, plus que jamais, être appréhendé: au croisement d’enjeux sociétaux, environnementaux et économiques qu’il n’est plus possible d’ignorer.

Anne Hidalgo l’a rappelé: il faut, dans le cadre des réflexions sur ces Jeux, inventer un modèle économique. Ce dernier devra tenir compte des contraintes budgétaires actuelles, et la mise en avant d’un budget raisonnable peut permettre à Paris de se démarquer. Il convient toutefois de rester prudent car l’enveloppe finale dépasse bien souvent (et très largement) les prévisions; l’exemple des Jeux de Pékin ou de Londres en témoigne. Ce modèle devra également intégrer des objectifs de lutte contre les discriminations, quelles qu’elles soient, de promotion de tous les talents et de tous les savoir-faire, précisément parce que le sport doit être exemplaire. Bernard Lapasset, pour sa part, a précisé que le monde économique était aujourd’hui favorable à la tenue des Jeux en France, en raison des investissements potentiels que cela représentera – construction et entretien d’infrastructures, aménagements urbains, etc., sans parler des retombées indirectes. En ce sens, si le projet est bien mené, l’image de la France à l’étranger a tout à y gagner : le soft power se joue dans l’organisation moderne de grandes compétitions internationales qui lui permettent de faire connaître ses atouts et d’en être fière.

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Le « soft power » du sport : un potentiel encore trop peu exploité en France

28 janvier 2015 admin 0

Le « soft power » se définit comme l’ensemble des influences indirectes qu’un pays peut avoir en matière diplomatique ou encore économiques dans un domaine en particulier. Le sport constitue un domaine où les stratégies de « soft power » trouvent toute leur place, comme l’illustre le Brésil. En accueillant tour à tour les deux plus grands événements sportifs au monde (Coupe du Monde de football ; Jeux Olympiques d’été), la 7e puissance économique mondiale (2,3% de croissance sur l’année écoulée) se positionne de facto comme un pays qui compte sur la scène internationale. Dans la même lignée, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud constituent autant de candidats émergents qui modifient la situation et imposent tacitement aux fédérations internationales une alternance entre les continents.

Or, nul ne peut nier aujourd’hui l’importance stratégique de ces événements. La situation n’est pas nouvelle, mais elle revêt une importance particulière car certains Etats font du sport un outil de rayonnement à part entière. Le Qatar (2 millions d’habitants) s’est ainsi bâti en une décennie une solide réputation internationale en investissant massivement dans le sport, que ce soit à Paris (rachat du Paris-Saint-Germain, du prix de l’Arc de Triomphe, etc.) ou à Doha (création de l’immense complexe sportif Aspire, accueil de la Coupe du Monde de football 2022, etc.). On voit bien que le sport s’intègre déjà dans une stratégie plus large de soft power et de développement stratégique.

Au niveau économique, le potentiel du sport comme outil de soft power est tout aussi vrai. Selon une étude du cabinet PriceWaterHouseCoppers (2012), l’économie du sport – qui comprend notamment le sponsoring, les droits de retransmission médiatique des compétitions, la billetterie, le merchandising, mais aussi les enjeux plus indirects en termes d’attractivité du territoire français, de création d’emplois, voire de santé publique – progresse de manière cyclique plus vite que l’économie mondiale. Cette progression serait pour la France de 3,7% par an en moyenne, pour atteindre 4,1 milliards d’euros en 2015.