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CHRONIQUE. Grand Prix de la BD d’Angoulême, symbole de la résistance à la féminisation de la culture

6 janvier 2016 admin 0

Devant l’indignation générale, le festival d’Angoulême vient d’annoncer qu’il revoyait sa sélection pour le grand prix afin d’y inclure des femmes. Initialement, en effet, cette liste comprenait 30 auteurs exclusivement masculins. Ce choix relevait-il d’une discrimination délibérée ou d’un malencontreux oubli qu’il existe des dessinatrices de qualité ? Finalement peu importe car le message était celui-ci : aux yeux du festival, il n’existe aucune auteure de BD, dans aucun pays du monde, méritant de recevoir le grand prix pour l’ensemble de sa carrière.

L’absence de femme sur cette liste – il n’y en avait deux en 2014 et seules deux ont été primées en 43 ans ! – ne choquait pas les responsables. C’est révélateur de l’impunité d’une domination masculine qui affiche sa résistance au changement, au partage du pouvoir, des scènes, des honneurs et des ventes d’albums. Il importe en effet que les réseaux et les stars de la BD restent masculins. Alors que le festival d’Angoulême fait l’effort de la diversité, de l’ouverture aux auteurs étrangers et aux petits éditeurs, dans un volontarisme affiché et revendiqué de mixité sociale, les femmes sont cantonnées à la marge.

Ce patriarcat est montré du doigt par de nombreuses dessinatrices, mais il est aussi dénoncé par des dessinateurs. Plusieurs auteurs de renom (Riad Sattouf, Joann Sfar, Daniel Clowes, etc.) se sont ainsi désolidarisés du grand prix alors qu’ils figuraient sur la liste des 30. Joann Sfar est allé jusqu’à publier une tribune sur le Huffington Post pour dire son effarement devant ce choix d’un jury « anachronique » et pour qualifier le festival d’Angoulême de manifestation « quasi féodale ». Il écrit ainsi : « je ne veux simplement pas participer à une cérémonie qui est à ce point déconnectée des réalités des bandes dessinées actuelles. Trente noms sans aucune femme, c’est une gifle à celles qui consacrent leur vie, à créer, ou à aimer les bandes dessinées ».

Le délégué général du festival, Franck Bondoux, ne comprend pas. Il a avancé que s’il n’y avait pas de femme dans la liste des 30 sélectionnés, c’est parce qu’aucune n’a réussi de carrière méritante : « il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée », prétendait-il. Dans l’histoire ou dans l’histoire médiatisée ? Et il osait la comparaison avec le Musée du Louvre où les hommes dominent parmi les peintres. Ces propos stupéfiants témoignent d’une méconnaissance totale de la dimension genrée de la culture à travers l’histoire : les femmes sont souvent absentes des musées précisément parce qu’on leur a longtemps interdit d’accéder aux écoles de peinture et d’exposer, bref d’investir l’espace public de l’art. Il en a été de même pour les écrivaines et les compositrices. (…)

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Sortie le 20 octobre de « Talents gâchés » (Ed. de l’Aube)

11 octobre 2015 admin 0

Les discriminations liées à l’origine coûtent cher à la société et à l’économie françaises. Plusieurs milliards d’euros manquent à gagner chaque année car l’État investit et forme une jeunesse qui, faute d’embauche, ou faute de recrutement à son niveau de compétences, ne contribue pas, ensuite, à produire la richesse du pays.

Il faut donc inventer de nouvelles perspectives pour cette jeunesse dont les talents sont gâchés par un pays qui ne la reconnaît pas à sa juste valeur.

Pour tout renseignement sur l’ouvrage, contacter les Editions de l’Aube.

Unknown

Assez des discours justifiant l’inégalité des sexes !

2 janvier 2015 admin 0

Les discours justifiant l’inégalité des sexes doivent cesser. Le rapport du Sénat sur les stéréotypes de genre dans les jouets et leurs conséquences délétères sur la construction identitaire et l’apprentissage de rôles sociaux inégaux pour les filles et les garçons fait l’objet de mensonges flagrants, au profit d’une idéologie réactionnaire très inquiétante.
A l’aide d’approximations et d’erreurs factuelles grossières prouvant qu’elle n’a pas lu ce rapport, Bérénice Levet explique rien de moins, dans une interview au Figaro, que les inégalités entre les sexes sont un pilier salutaire de la société. On retrouve dans ses propos les arguments classiques de la féminité et de la virilité naturelles, innées et devant donc être défendues. Ainsi, on se demande à quel siècle et dans quel monde vit la philosophe lorsqu’elle affirme que : « La petite fille est par nature portée à plaire (…) Apprenons-lui l’art de se parer avec goût ». Les filles ne se définissent-elles qu’au travers du regard qu’autrui porte sur leur apparence ? Doit-on réellement tout faire pour les restreindre au statut d’objets plutôt que de les accompagner dans leur formation en tant que sujets ? Ne doit-on pas leur permettre de développer leur imaginaire, y compris sur le plan professionnel, plutôt que de ne les former qu’à l’exhibition contrôlée qu’elles devraient donner de leur corps ? Quant au « bon goût », il signifie que la beauté serait normalisable, qu’il y a un beau et un laid par essence ; on n’est pas loin de l’art dégénéré.

Unknown

Les « anti-gender » ou le refus de l’égalité hommes-femmes

1 septembre 2014 admin 0

La droite et l’extrême droite françaises, les « anti-gender », ont inventé la « théorie du genre » qui, telle le roi des Aulnes de Goethe, enlèverait ou pervertirait sexuellement les enfants. Ce mythe, qui conduit à confondre genre, sexe, transgenre, homosexualité et pornographie, est né, chez certains, d’une méconnaissance inouïe des concepts et, chez tous, d’un mépris à peine masqué pour les sciences sociales et les chercheurs. Ce mythe serait risible s’il n’était pas un alibi pour déverser les pires diatribes sexistes (et homophobes), au nom d’une biologie sacralisée, sacrée, mystifiée, au nom d’une inégalité éternelle des hommes et des femmes sous prétexte de différence « naturelle ». Ces mêmes arguments ont d’ailleurs longtemps été utilisés pour justifier le racisme et l’esclavage.

Car si la « théorie du genre » est une invention, il existe bel et bien des études de genre qui démontrent la dimension politique, ainsi que la construction sociale des rapports entre les hommes et les femmes.

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Manifeste des 343 : la réponse féministe ne suffit pas

5 novembre 2013 admin 0

« Le manifeste des 343 salauds » paru dans l’édition de novembre deCauseur est un manifeste masculiniste, un manifeste de pacotille face àcelui de 1971 où des femmes célèbres déclaraient avoir avorté à l’étrangerdans des conditions sanitaires respectueuses de leur santé, au contraire de milliers de femmes mortes d’infections ou d’hémorragies après être passées dans les mains d’une faiseuse d’ange.

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Le sexisme à l’Assemblée Nationale est une réalité

16 octobre 2013 admin 0

Mardi dernier, alors qu’elle s’exprimait sur la réforme des retraites, Véronique Massonneau, députée Europe Ecologie Les Verts (EELV), a été l’objet d’imitations de la part de Philippe Le Ray, député UMP. Celui-ci a fait des onomatopées, imitant une volaille de basse-cour, alors que la députée parlait.

Unknown

Le luxe et la symbolique du sexe collectif

12 septembre 2013 admin 0

Pour leurs publicités destinées aux magazines, certaines marques de luxe aiment les photos de groupe. Les femmes y sont (le plus souvent) oisives, lascives, sourient peu, ont parfois l’air de s’ennuyer, ou bien aguichent le client comme dans cette image pour Louis Vuitton (campagne automne 2013) qui figure une maison close haut de gamme des années 1930: