Archives – Newsletter du 2 septembre 2026

Publié le 10 septembre 2026

ÉDITO

Ça fait genre !

En cette rentrée, ma newsletter évolue pour se concentrer sur les enjeux de genre à l’international. On y parlera donc des actualités géopolitiques (politiques publiques, mobilisations, idées, publications) au prisme des féminismes, des masculinismes (autrement dit des adversaires des droits des femmes), et plus globalement des approches conscientes des enjeux de genre, utiles pour lever des angles morts dans l’analyse et donc ouvrir le regard sur le monde.

Ces actualités sont nombreuses, riches, et concernent toute la planète et tous les thèmes de l’agenda : économie, éducation, science, santé, culture, sport, droits humains, environnement, numérique, et bien sûr guerres/paix et diplomatie. 

En ce mois d’août, par exemple, cela faisait cinq ans que les talibans étaient revenus au pouvoir en Afghanistan avec leur mortifère politique d’apartheid de genre, à laquelle les filles et les femmes résistent autant qu’elles le peuvent au quotidien, avec l’appui d’une solidarité féministe internationale qui passe souvent sous les radars. 

La brutalité du monde n’est pas une fatalité, pourvu qu’on se donne les moyens de la combattre, et, avant tout, qu’on accepte de la regarder pour ce qu’elle est.

ACTUS DU GENRE

AUX ÉTATS-UNIS…

Pourquoi tant parler de Natalie Harp ? 

Cette assistante personnelle ultra-dévouée à Donald Trump, femme à tout faire du président des États-Unis, a suscité un intérêt médiatique qui, en soi, pose question. Ancienne animatrice de chaînes de TV d’extrême droite (comme le fut Pete Hegseth, par exemple), elle est devenue célèbre parce que Trump l’a choisie, plutôt que certains ministres, pour l’accompagner quand il a dû changer précipitamment d’avion en Turquie après le sommet de l’OTAN, début juillet.

Que fait Harp au quotidien ? Elle écrit certains posts du président sur Truth, lui porte ses sacoches, le flatte en permanence… C’est son doudou. So what ? Elle ne l’adoucit pas pour autant. On sait que Trump, pour sa deuxième présidence, s’est entouré exclusivement de courtisanes et de courtisans, dans son cabinet comme dans les ministères. La plupart sont des hommes, et aucun n’ose lui dire la vérité sur l’état du pays et sur la place des États-Unis dans le monde. Harp n’est qu’une parmi eux.

Même si elle est appelée à exercer, dans un avenir proche, des fonctions plus officielles (par exemple, peut-être, remplacer Karoline Leavitt au poste de porte-parole de la Maison-Blanche, autrement dit de premier relais de la propagande trumpiste), Natalie Harp n’est pas Catherine de Médicis. Ce n’est pas elle qui dicte l’agenda. Malgré certains fantasmes médiatiques, elle ne manipule pas le président. Le manuel politique trumpiste, c’est le Projet 2025. Trump préfèrerait passer du temps avec Harp que gérer les affaires du monde : là encore, qui est surpris ? Gouverner l’ennuie. Il aime s’amuser et commander, ce n’est pas un secret. Cela se vérifie d’autant plus au crépuscule de sa vie (politique), alors que la Cour suprême semble lui donner l’autorisation de construire son bunker/salle de bal

… ET AILLEURS

Allemagne

Un jeune leader de l’AfD, Ulrich Siegmund, tête de liste aux élections régionales dans le land de Saxe-Anhalt (6 septembre), dans l’Est de l’Allemagne, fait de « la différence entre un homme et une femme » et de la défense de « la famille normale, composée d’un homme et d’une femme » des priorités. Il parle peu de son programme mais ces enjeux sont obsessionnels, comme pour toutes les extrêmes droites du monde.

Le Monde a fait son portrait.

Danemark

Le gouvernement danois accordera une compensation financière de 47.000 euros aux Groenlandaises auxquelles on avait imposé (souvent à leur insu) une contraception intra-utérine, des années 1960 jusqu’aux années 1990, parfois dès l’âge de 12 ans. En plus de ne pas comprendre la raison des problèmes d’infertilité qu’elles rencontraient, beaucoup ont vu leur santé, et donc leur vie mises en danger. On peut légitimement penser que l’actualité internationale, avec les velléités des États-Unis de s’emparer de l’île, n’est pas pour rien dans la temporalité de cette décision de Copenhague : il s’agit d’apporter des gages de soutien au Groenland, qui passent par un mea culpa décolonial et « dé-patriarcal  ».

Le New York Times détaille la mesure.

Mali

Des hommes ont récemment lancé une campagne en faveur de l’excision pour « protéger les filles » : comme très souvent avec les masculinistes, les affiches et visuels en ligne reprennent les codes (couleurs, police de caractère) et inversent les slogans des associations féministes, et dans ce cas-ci celles qui luttent contre les mutilations génitales. Le Mali ne dispose pas de loi contre cette pratique barbare, malgré la ratification par le pays du « protocole de Maputo » relatif aux droits des femmes en Afrique. Le narratif compte beaucoup : parler de « protection » des filles et des femmes revient à dire que c’est pour leur bien, selon les promoteurs de l’excision. Ce qui désamorce la question des droits.

La BBC en parle ici.

Japon

Yayoi Kusama vient de mourir : l’immense et prolifique artiste était aussi une fervente féministe et défenseuse des droits des minorités. Rejetée par sa famille qui lui promettait une vie traditionelle de femme au foyer, considérée comme précurseure d’Andy Warhol et de Keith Haring notamment, inspirée et soutenue, à son arrivée en Amérique, par Georgia O’Keeffe, la peintre et plasticienne japonnaise a beaucoup questionné le corps et la sexualité, et prôné à l’infini la liberté créatrice. Son décès, comme celui de Dolly Parton, est l’occasion de rappeler cet engagement en faveur des droits et des libertés des femmes dans, et grâce à, la pop culture.

CONSEIL DE LECTURE

Le sexe de Poutine. Genre, pouvoir et contre-culture en Russie

par Lukas Aubin

L’auteur, spécialiste de la Russie et de l’espace post-soviétique, analyse l’autre guerre de Vladimir Poutine : celle contre les femmes, les féministes, et les personnes LGBT+. Depuis son arrivée au pouvoir, le président russe mène en effet une contre-révolution sexuelle en Russie. Il fait du contrôle des corps et des identités un enjeu de pouvoir, la défense de la « famille traditionnelle » et des stéréotypes de genre étant l’un de ses piliers idéologiques. 

Cette contre-revolution permet à Poutine de définir ce qu’est selon lui la Russie, mais aussi de désigner un ennemi, à savoir un Occident décadent, (parce que) « féminisé » et corrompu par les droits des minorités. Cette bataille culturelle nourrit des rapprochements avec ce qu’il faut bien appeler une « internationale réactionnaire » bien au-delà des frontières russes. 

Le livre rappelle ainsi que le genre est un véritable objet géopolitique. Comprendre la Russie de Vladimir Poutine, c’est aussi regarder ce qu’elle fait aux corps, aux identités et aux libertés individuelles. Une autre guerre, donc, commencée bien avant 2022, qui préfigurait déjà celles à venir.

Textuel, 26 août 2026

Acheter le livre ici

MES ACTUS

Je participe, les 8 et 9 septembre, au 35e Forum économique à Karpacz (Pologne), pour parler du rôle des femmes dans les sciences et la vie politique, en France et en Europe.

J’interviendrai sur la démocratie féministe, le 23 septembre, pour l’association « Femmes de l’éducation », qui accompagne les femmes dans l’accès aux fonctions de haut encadrement dans l’Enseignement supérieur et la Recherche.