Face à Trump, il est temps de sortir complètement de la relation d’emprise

Publié le 11 septembre 2026

Le président américain n’est pas le seul dirigeant masculiniste, mais il a poussé le modèle à son paroxysme : tel un partenaire violent dans un couple, il entend conquérir, contrôler, imposer, voire détruire, sur le plan intérieur comme extérieur. La France et l’Europe peuvent et doivent proposer une alternative géopolitique. Ma dernière tribune dans L’Obs, parue le 10 septembre 2026.

A l’intérieur comme à l’extérieur des Etats-Unis, Donald Trump déploie, avec l’appui de son gouvernement et la complaisance faustienne des élus républicains, une politique systémique de prédation, de domination, de destruction des droits humains. Celle-ci puise directement dans le « Project 2025 », le volumineux manuel rédigé par plusieurs cerveaux de l’extrême droite américaine contemporaine, dont quelques-uns, à l’instar de Stephen Miller (conseiller suprémaciste et co-inspirateur de l’invasion du Groenland) ou de Russell Vought (qui a promis de « traumatiser les fonctionnaires »), travaillent à la Maison-Blanche. Sur le sol du pays, les femmes en ont été les premières victimes, rapidement suivies des LGBT +et des immigrés (réels ou supposés), enfants comme adultes. Journalistes, scientifiques et juges en font aussi les frais. 

La dynamique s’amplifiant, c’est désormais au tour de l’ensemble de l’électorat démocrate, dont le droit de vote anticipé ou par correspondance est menacé dès les « midterms » du 3 novembre, au mépris de la Constitution. Quant à la communication trumpiste omniprésente, elle fait, selon une stratégie de « trolling », la part belle aux insultes, aux moqueries et aux humiliations, et s’appuie sur l’intelligence artificielle pour « gamifier » les messages et en garantir la viralité. On pourrait en rire, car c’est le but recherché, mais rien n’est plus sérieux. 

Donald Trump n’est pas le seul dirigeant masculiniste, mais il a poussé le modèle à son paroxysme : tel un partenaire violent dans un couple, il entend conquérir, contrôler, imposer, voire détruire les « autres » (individus, communautés, territoires) pour les soumettre et en exploiter toutes les ressources. Cela se vérifie jusque dans son propre camp dès lors qu’on est devenu inutile ou jugé trop peu loyal : l’influenceur britannique d’extrême droite Milo Yiannopoulos, arrêté par la milice de l’ICE fin août avant d’être expulsé des Etats-Unis, est la plus récente victime du principe « Si tu me quittes, je te tue ». 

Guidé par le souci de ses intérêts financiers et de ceux de ses proches, notamment ses enfants – tous se sont considérablement enrichis depuis son retour au pouvoir, le président ayant en particulier gagné 2,2 milliards de dollars en 2025, trois fois plus que l’année précédant son retour à la Maison-Blanche –, Trump use et abuse du mélange des genres, pour ne pas dire des conflits d’intérêts en supprimant une à une les barrières entre la diplomatie d’Etat et les affaires. Au-delà du capitalisme de connivence, on est entré dans une véritable kleptocratie. 

Trump accélère la désoccidentalisation du monde 

Et cependant, à l’international, l’attitude de Trump, qui oscille entre flatteries et menaces, qui revient sans cesse sur la parole donnée et qui trahit son absence de vision de long terme, ne lui garantit pas, ou plus, le respect de ses interlocuteurs. Les déclarations grandiloquentes non suivies d’effets du président américain et son manque flagrant de loyauté envers ses partenaires et dans ses prétendus « deals » ont considérablement et durablement affaibli la parole des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Asie ou encore en Europe. 

Les vociférations trumpistes ne sont en aucun cas synonymes de garanties de sécurité : la Chine l’a bien compris, qui, le 2 septembre, a invité, lors de sa visite en Egypte, à « explorer la construction d’une nouvelle architecture de sécurité » dans la région. Les réactions ne sont pas nécessairement frontales : elles se concrétisent par des initiatives qui contournent Washington. En effet, l’autonomie stratégique européenne est en marche, l’ambition de la souveraineté technologique se renforce dans de nombreux pays et entreprises, et de nouvelles alliances Sud-Sud se mettent en place sur les plans économique et commercial, mais aussi militaire. Le « pacte de La Mecque », conclu en août par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie, et le dernier sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghaï, il y a quelques jours au Kirghizistan, en sont deux récentes illustrations : le monde se désoccidentalise, et Trump, malgré lui, accélère la tendance. 

La diplomatie du gourdin de Washington a perdu son pouvoir intimidant. Plier le genou devant Trump n’est pas payant, beaucoup s’en rendent compte, parfois avec retard. La soumission n’est donc pas une fatalité : pour la France et ses partenaires européens, il est temps de sortir complètement de la relation d’emprise à l’égard de Washington pour « se retrouver », assumer ses valeurs, être sûr de ses forces et se tourner vers l’avenir. Au-delà, construire une promesse politique et géopolitique post-viriliste sera libérateur pour nos démocraties et donnera l’exemple. Mettre ce sujet sur la table, pour l’élection de 2027, est donc non seulement indispensable, mais prioritaire.